Apophis
CréatureAussi connu·e sous : Apep
Égyptiens anciens
Serpent gigantesque incarnant le chaos primordial, ennemi éternel du dieu solaire Rê qu'il attaque chaque nuit lors de la traversée du monde souterrain.
- chaos
- ténèbres
- menace cosmique
En détail
Apophis, que les textes égyptiens nomment Apep, est le grand serpent qui menace chaque nuit la marche du soleil. Il n'est ni un dieu déchu ni une créature d'un dieu créateur : il vient des eaux inertes qui précédaient le monde et représente ce qui, en permanence, cherche à y ramener l'univers ordonné. Pour les anciens Égyptiens, l'ordre du monde (la maât) n'était jamais acquis une fois pour toutes, et Apophis donnait un visage à cette menace. Son nom apparaît dans les textes au Moyen Empire, notamment dans les Textes des Sarcophages, et il reste présent jusqu'aux derniers temples de l'époque gréco-romaine.
Dans les livres du monde souterrain, le serpent attend la barque de Rê sur un banc de sable ou tente d'assécher la rivière sur laquelle elle navigue. Plusieurs défenseurs se relaient pour le vaincre : Seth, debout à la proue, le transperce de sa lance ; ailleurs, la déesse scorpion Serqet l'entrave, et des divinités armées de couteaux le découpent. Le Livre des Morts (chapitre 17) montre aussi un grand chat, forme de Rê, tranchant la tête du serpent au pied d'un arbre à Héliopolis. Ce combat ne se termine jamais : Apophis est blessé, lié, repoussé, mais il revient la nuit suivante, et les éclipses ou les orages pouvaient être lus comme des moments où il prenait l'avantage.
On ne lui rendait aucun culte, mais les prêtres s'occupaient activement de lui. Le Livre de terrasser Apophis, conservé dans le papyrus Bremner-Rhind (British Museum), copié à Thèbes à l'époque ptolémaïque, décrit un rituel accompli dans les temples : on modelait une figurine du serpent en cire ou on le dessinait sur papyrus, on écrivait son nom, puis on le piétinait, le transperçait et le jetait au feu. L'idée n'est pas celle d'une vengeance mais d'un entretien du monde : en détruisant l'image, les officiants prêtaient main-forte au soleil dans une lutte que les dieux eux-mêmes devaient mener sans fin.
L'égyptologue J. F. Borghouts a étudié un aspect moins connu du serpent, son « mauvais œil », un regard capable de paralyser ceux qui le croisent et contre lequel les formules magiques cherchaient à protéger. Apophis se distingue de Seth, souvent confondu avec lui dans les présentations modernes : Seth peut être violent et trouble, mais il appartient au monde des dieux et défend la barque solaire, alors qu'Apophis reste entièrement extérieur à l'ordre créé. Le récit du voyage nocturne de Rê, décrit dans une fiche séparée de ce codex, donne le cadre de ce combat.
Attributs
- forme de serpent démesuré
Notes
Contrairement à la plupart des figures du panthéon égyptien, Apophis n'a jamais de culte positif : les rites qui lui sont associés visent exclusivement à le repousser, notamment le rituel dit de 'l'exécration d'Apophis'.
Sources
- Pinch, G. (2004). Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions
- Borghouts, J.F. (1973). The Evil Eye of Apopis