La séparation de Nout et Geb

Récit

Égyptiens anciens

Récit mythologique où le dieu de l'air Shu sépare de force les amants Nout (le ciel) et Geb (la terre), unis dans un embrassement perpétuel, créant ainsi l'espace habitable entre ciel et terre où peuvent exister les humains.

  • séparation ciel-terre
  • création de l'espace habitable

En détail

Dans la cosmogonie d'Héliopolis, le monde tel que les humains le connaissent commence par une séparation. Nout, le ciel, et Geb, la terre, sont frère et sœur, enfants de Shou et de Tefnout, et d'abord étroitement unis. Leur père Shou, le dieu de l'air, se glisse entre eux et soulève Nout au-dessus de Geb. Le vide qu'il crée ainsi, rempli d'air et de lumière, devient l'espace où la vie est possible. C'est l'une des images les plus fortes de la pensée religieuse égyptienne, parce qu'elle explique en un seul geste la forme du monde : un ciel en haut, une terre en bas, et entre les deux un souffle qui les tient à distance.

Les Égyptiens n'ont pas laissé de version narrative suivie de cet épisode. On le connaît par des allusions dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages, où Shou déclare soutenir le ciel, et surtout par l'iconographie : des papyrus funéraires et des cercueils montrent Nout arquée, Geb étendu sur le sol et parfois redressé sur un coude, Shou debout entre eux, les bras levés. Le Livre de la Vache céleste propose une variante où Nout, changée en vache, porte Rê dans le ciel et où Shou la soutient par le ventre pour qu'elle ne vacille pas. L'idée des deux amants arrachés l'un à l'autre, souvent mise en avant dans les présentations modernes, reste une lecture de ces images plus qu'un récit attesté mot pour mot.

Une suite du récit est transmise par Plutarque, auteur grec du IIe siècle de notre ère, dans son traité sur Isis et Osiris. Rê, qu'il appelle Hélios, aurait interdit à Nout d'enfanter à aucun jour de l'année, alors longue de 360 jours. Thot (Hermès chez Plutarque) joua aux pions avec la Lune et lui gagna un soixante-dixième de sa lumière, dont il tira cinq jours ajoutés en fin d'année. Nout y mit au monde Osiris, Horus l'Ancien, Seth, Isis et Nephtys. La source est tardive et filtrée par un regard grec, mais les cinq jours épagomènes et leur lien avec la naissance de ces dieux sont bien attestés dans le calendrier égyptien.

La séparation du ciel et de la terre se retrouve dans de nombreuses cosmogonies, en Afrique et au-delà. Chez les Dinka du Soudan du Sud, par exemple, le ciel s'éloigne des humains après qu'Abuk, la première femme, l'a heurté en travaillant le grain, selon un récit présenté dans une autre fiche de ce codex. Les deux récits partagent la même intuition, un monde né d'une distance, mais n'ont pas le même sens : en Égypte la séparation ouvre l'espace de la vie, chez les Dinka elle éloigne les humains de la divinité.

Généalogie

Entités liées
Nout, Geb

Notes

Ce motif de séparation forcée du ciel et de la terre pour créer un espace habitable trouve des échos structurels dans d'autres cosmogonies africaines, comme le récit dinka d'Abuk et Garang.

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Sources

  • Pinch, G. (2004). Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions
  • Hart, G. (2005). The Routledge Dictionary of Egyptian Gods and Goddesses
  • Plutarque, De Iside et Osiride (source antique secondaire, 1er-2e siècle apr. J.-C.)

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