MaNthatisi
HérosTlokwa
Régente et cheffe militaire tlokwa du début du 19e siècle, ayant dirigé son peuple lors de migrations et de conflits pendant les bouleversements du Mfecane, dont la réputation guerrière fut telle qu'elle inspira des récits en partie légendaires quant à son ampleur et à sa cruauté supposée.
- régence
- stratégie militaire
- migration
En détail
MaNthatisi a gouverné les Tlokwa (Batlokwa), un groupe de langue sotho établi dans le haut bassin du Caledon, entre la mort de son époux, le chef Mokotjo, vers 1813, et la prise de pouvoir de leur fils Sekonyela au milieu des années 1820. Son nom est un teknonyme : « mère de Nthatisi », d'après sa fille aînée. Elle venait elle-même d'un autre groupe, les Basia, et une partie de l'entourage de son défunt mari contesta qu'une femme d'origine étrangère exerce la régence. Qu'elle ait tenu le pouvoir pendant une dizaine d'années, en pleine période de guerres, fait d'elle l'une des rares dirigeantes de l'Afrique australe du 19e siècle dont l'action est documentée à la fois par la tradition orale et par des témoins européens.
Au début des années 1820, chassés de leurs terres par les Hlubi et les Ngwane, les Tlokwa se replièrent vers l'ouest et s'imposèrent dans la vallée du Caledon en razziant le bétail et les réserves de grain des communautés sotho qui s'y trouvaient. C'est dans ce contexte qu'ils assiégèrent Moshoeshoe à Botha-Bothe, un épisode dont la mémoire basotho a gardé le nom de « bataille des marmites » et qui poussa le futur roi à chercher un refuge plus sûr à Thaba Bosiu en 1824. Une fois Sekonyela en âge de régner, MaNthatisi se retira à Marabeng, près de la forteresse de son fils à Joalaboholo, où elle mourut dans les années 1840. La rivalité entre Tlokwa et Basotho se prolongea bien après elle : Moshoeshoe finit par défaire Sekonyela en 1853.
Sa réputation dépasse de loin ce que l'on peut établir. Les Européens de la colonie du Cap appelèrent « Mantatees » toutes les bandes armées venues de l'intérieur, et l'on attribua longtemps à ses troupes l'attaque repoussée à Dithakong en 1823 par les Tlhaping et des cavaliers griqua. Les prisonniers faits ce jour-là désignaient pourtant d'autres groupes, les Phuting et les Hlakwana, et des historiens comme Julian Cobbing ont montré que les Tlokwa de MaNthatisi ne s'étaient jamais aventurés aussi loin à l'ouest. Les rumeurs rapportées à l'époque, qui lui prêtaient un œil unique au milieu du front ou des armées innombrables, relèvent de la même logique : elles disent la peur que suscitaient les migrations armées de ces années plus que la personne de la régente.
Notes
Comme pour d'autres figures féminines de pouvoir dans des contextes de bouleversement colonial, la réputation de cruauté attribuée à MaNthatisi par les sources orales et coloniales ultérieures est aujourd'hui réexaminée de façon critique par les historiens.
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Sources
- Eldredge, E.A. (1992). Sources of Conflict in Southern Africa, c. 1800-1830 (réévaluation critique du Mfecane)
- Lye, W.F. (1969). The Difaqane: The Mfecane in the Southern Sotho Area
- Cobbing, J. (1988). The Mfecane as Alibi: Thoughts on Dithakong and Mbolompo