Mvett

Récit

Fang · Beti

Tradition épique orale des Fang-Beti (Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale), mêlant récit chanté et instrument de musique du même nom, qui raconte la lutte sans fin entre le peuple d'Engong, les Immortels, et celui d'Oku, les Mortels, portée par un conteur-musicien appelé mbom-mvett.

  • épopée
  • immortalité
  • conflit héroïque

En détail

Le mvett (ou mvet) désigne à la fois un instrument de musique et le grand genre épique qu'il accompagne chez les peuples fang-beti, que l'on appelle aussi Ekang, au Gabon, au Cameroun et en Guinée équatoriale. C'est la forme la plus prestigieuse de leur littérature orale : un récit chanté, joué et dansé qui peut occuper une nuit entière, voire davantage, et qui porte une vision complète du monde, de sa création à la condition humaine.

L'instrument est une cithare-harpe faite d'une tige de raphia ou de bambou d'un peu plus d'un mètre, munie de calebasses qui servent de résonateurs et de quatre ou cinq cordes réparties de part et d'autre d'un chevalet central. Le musicien le tient à l'horizontale contre sa poitrine et ouvre ou ferme la calebasse centrale d'un mouvement des bras, tout en pinçant les cordes des deux mains. Le conteur-musicien, le mbom-mvett, est à la fois chanteur, narrateur, acteur et danseur, face à un public qui participe à la performance. La tradition attribue l'invention du mvett à Oyono Ada Ngone, qui l'aurait reçu d'un esprit nommé Eyo au cours d'un sommeil prolongé, avant de l'enseigner aux hommes.

Les récits se déroulent dans un univers où s'affrontent sans fin deux peuples : celui d'Engong, les Immortels, conduits par le guerrier Akoma Mba, et celui d'Oku, les Mortels, qui cherchent à ravir le secret de l'immortalité. Les combats, menés avec des armes fabuleuses autant qu'avec des pouvoirs occultes, tournent en principe à l'avantage d'Engong. Les joueurs de mvett gardent aussi de longues généalogies cosmiques qui remontent de créateur en créateur jusqu'aux origines, et ces textes comptent parmi les sources utilisées pour reconstituer la religion fang ancienne (voir la fiche Nzame).

Le passage à l'écrit a beaucoup pesé sur la connaissance du genre. L'ethnomusicologue Herbert Pepper a enregistré et transcrit des performances dans les années 1960, et le Gabonais Tsira Ndong Ndoutoume, lui-même initié au mvett, a publié à partir de 1970 une version littéraire qui a servi de référence, au point qu'une thèse lui a été consacrée pour mesurer ce que l'écriture change à une épopée orale. En décembre 2025, le Mvet Oyeng a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, à la suite d'une candidature portée par le Gabon avec le Cameroun et le Congo ; cette reconnaissance a aussi ravivé au Gabon des débats sur l'appartenance de cette tradition.

Attributs

  • instrument de musique à cordes (également nommé mvett)

Culte contemporain

Reconnu comme patrimoine culturel majeur au Gabon, au Cameroun et en Guinée équatoriale ; le Mvet Oyeng a été inscrit en décembre 2025 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Des efforts de transmission et de documentation répondent au déclin du nombre de maîtres-conteurs.

Sources

  • Ndong Ndoutoume, T. (1970). Le Mvett: épopée fang
  • Elébiyo'o Mvé, J-D. (2004). Poétique du Mvett: épopée fang d'Afrique centrale. Thèse de doctorat, Université de Nantes

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