La création selon Nzame, Mebere et Nkwa

Récit

Fang

Récit cosmogonique fang narrant deux tentatives successives de création humaine : un premier homme immortel et orgueilleux, Fam, dont la rébellion provoque la destruction du monde par la foudre, puis un second homme mortel, Sekume, ancêtre des Fang, dont l'épouse Mbongwe est façonnée à partir du bois d'un arbre.

  • création
  • trinité divine
  • origine humaine

En détail

Ce récit est la cosmogonie des Fang (Gabon, Guinée équatoriale, sud du Cameroun) la plus reproduite dans les anthologies de mythes africains. Il raconte comment le monde et l'humanité furent créés deux fois, parce que la première tentative échoua par la faute de l'homme lui-même. Sa célébrité tient autant à son contenu qu'à sa provenance : il nous est parvenu presque uniquement par la plume d'un missionnaire, ce qui en fait un cas d'école pour la critique des sources.

Au commencement, Nzame fait le ciel, la terre, les astres, les plantes et les animaux, puis appelle Mebere et Nkwa pour contempler son œuvre. Ensemble, ils façonnent un être à leur image, Fam, dont le nom signifie « la force » : chacun lui confère un don, la puissance, l'autorité ou la beauté, et il reçoit la promesse de ne jamais mourir. Grisé par ces dons, Fam cesse d'honorer ses créateurs. Nzame appelle alors le tonnerre, et le feu tombé du ciel détruit tout ce qui vit, sauf Fam, protégé par la promesse. Le récit ajoute qu'il vit depuis sous la terre et en sort parfois pour tourmenter les humains.

Les créateurs recouvrent la terre brûlée d'une nouvelle couche fertile, où pousse une végétation neuve, puis façonnent un second homme, Sekume, mortel cette fois. Sekume fait lui-même sa compagne, Mbongwe, à partir d'un arbre. Chacun d'eux est composé de deux parts : le corps, gnoul, et le nsissim, l'ombre ou principe vital qui anime le corps et lui survit, ce qui donne au récit une portée directe sur la manière de concevoir la mort et le lien avec les ancêtres.

Le texte fut publié en 1905 par le père Henri Trilles, qui le tenait d'un Fang converti nommé Ndoume. Sa phrase d'ouverture présente Nzame, Mebere et Nkwa comme un dieu « un et trois », alors que dans la suite du récit les trois figures agissent séparément ; l'anthropologue Giorgio Samorini y voit un ajout d'inspiration chrétienne, et relève aussi la ressemblance de la loi divine et de son châtiment avec l'Ancien Testament, que l'ethnologue Günter Tessmann avait déjà remarquée en 1913. D'autres sources fang, notamment les généalogies divines chantées par les joueurs de mvett, présentent plutôt une succession de créateurs, et plusieurs chercheurs pensent que Nzame désignait à l'origine le premier homme (voir la fiche Nzame). Le récit reste un document précieux, mais comme témoignage d'une rencontre entre tradition fang et catéchèse autant que comme mythe « pur ».

Généalogie

Entités liées
Nzame

Notes

La source principale de ce récit remonte au missionnaire catholique Raphaël-Henri Trilles, qui l'aurait recueilli en 1905 auprès d'un Fang converti au christianisme nommé Ndoume. L'anthropologue Giorgio Samorini a depuis mis en doute l'authenticité ethnographique de la présentation de Nzame, Mebere et Nkwa comme 'un seul Dieu en trois personnes' : ce concept trinitaire ne correspond, selon lui, à aucune autre tradition religieuse fang ou bantoue attestée par ailleurs, et pourrait refléter soit l'influence d'un catéchisme chrétien sur l'informateur, soit une reformulation du missionnaire lui-même, dont les travaux ultérieurs sur les pygmées ont par ailleurs été qualifiés de véritables falsifications ethnographiques par d'autres chercheurs. Dans le déroulement même du récit, les trois figures agissent comme des divinités distinctes plutôt que comme les aspects d'une seule entité, la formule du 'Dieu unique et triple' n'apparaissant que dans l'introduction du texte de Trilles, ce qui accrédite l'hypothèse d'un ajout postérieur au récit traditionnel plutôt que d'un élément originel de la cosmologie fang.

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Sources

  • Tessmann, G. (1913). Die Pangwe: Völkerkundliche Monographie eines west-afrikanischen Negerstammes
  • Trilles, R.H. (1905). Proverbes, légendes et contes Fang. Bulletin de la Société Neuchâteloise de Géographie, 16, 49-295 (source missionnaire primaire du récit)
  • Samorini, G. (2024). Studies on the iboga cults. II. Missionary and colonial mystifications. Antrocom Journal of Anthropology, 20(1), 115-136 (analyse critique de la source Trilles)
  • Fernandez, J.W. (1982). Bwiti: An Ethnography of the Religious Imagination in Africa

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