Nzame

Divinité

Fang

Dieu créateur suprême dans la cosmogonie fang (Gabon, Guinée équatoriale, Cameroun), l'un des trois aspects divins (avec Mebere et Nkwa) ayant participé à la création du monde et de l'humanité.

  • création
  • ciel
  • ordre cosmique

En détail

Nzame (ou Zame, Zambe) est aujourd'hui le nom de Dieu chez les Fang, peuple de langue bantoue réparti entre le Gabon, la Guinée équatoriale et le sud du Cameroun. Dans la cosmogonie publiée au début du 20e siècle, il crée le monde avec deux autres figures, Mebere et Nkwa. Son histoire est pourtant plus sinueuse que ce rôle ne le laisse penser : plusieurs chercheurs estiment que Nzame désignait d'abord le premier homme, et non le créateur.

Le récit cosmogonique le plus cité (voir la fiche sur la création selon Nzame, Mebere et Nkwa) montre Nzame façonnant l'univers, puis s'associant à Mebere et à Nkwa pour créer un premier homme, Fam, doté de leur force, de leur autorité et de leur beauté. Fam, devenu orgueilleux, est puni par la foudre ; un second homme, Sekume, mortel cette fois, lui succède et devient l'ancêtre des Fang. Ce texte a été publié en 1905 par le missionnaire Henri Trilles, qui présente les trois créateurs comme « un seul Dieu en trois personnes », une formule que rien d'autre dans la tradition fang ne vient appuyer.

Les autres témoignages donnent une image différente. En 1899, l'ethnographe L. A. Bennett décrit une série de divinités qui se créent les unes les autres ; en 1936, Trézenem recense des ancêtres divins du premier homme, Nzame ; les joueurs de mvett, dont les chants conservent de longues généalogies cosmiques, placent Mebeghe (Mebere) en dernier maillon d'une chaîne d'êtres célestes, comme le dieu qui créa l'homme. Les généalogies que chaque Fang apprenait par cœur remontaient d'ancêtre en ancêtre jusqu'à « fils de Nzame », c'est-à-dire jusqu'à l'ancêtre commun des humains. Selon cette lecture, défendue par l'anthropologue Giorgio Samorini à la suite de Pierre Alexandre et Jacques Binet, les missionnaires auraient choisi le nom le plus souvent prononcé, Nzame, pour traduire « Dieu », transférant au premier homme la place du créateur ; André Mary y voit une manipulation délibérée plutôt qu'une méprise.

Le débat n'est pas clos, et les Fang eux-mêmes, après plusieurs générations de christianisme, tiennent souvent Mebeghe pour un ancien nom de Nzame. L'anthropologue James Fernandez, dans son étude du Bwiti fang, note que les fidèles distinguent plusieurs créateurs successifs plutôt que les aspects d'un même dieu. Le cas de Nzame montre à quel point la figure d'un « dieu suprême » africain peut être le produit d'une rencontre entre une tradition locale et la traduction chrétienne.

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Sources

  • Tessmann, G. (1913). Die Pangwe (étude ethnographique fang)
  • Fernandez, J.W. (1982). Bwiti: An Ethnography of the Religious Imagination in Africa
  • Samorini, G. (2024). Studies on the iboga cults. II. Missionary and colonial mystifications. Antrocom Journal of Anthropology, 20(1), 115-136
  • Alexandre, P. & Binet, J. (1958). Le groupe dit Pahouin (Fang, Boulou, Beti)

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