Ptah
DivinitéÉgyptiens anciens
Dieu créateur de Memphis, façonnant le monde par la pensée et la parole plutôt que par l'action physique, patron des artisans, sculpteurs et bâtisseurs.
- création par la parole
- artisanat
- architecture
En détail
Ptah est le grand dieu de Memphis, capitale de l'Égypte dès les premières dynasties et siège d'un des sanctuaires les plus anciens du pays. On le représente sous une forme humaine étroitement enveloppée, comme une momie, le crâne couvert d'une calotte ajustée, tenant un sceptre qui réunit trois signes de puissance, de stabilité et de vie. Son temple s'appelait Hout-ka-Ptah, « le domaine du ka de Ptah » : les Grecs en ont tiré le nom d'Aigyptos, d'où vient notre mot Égypte. Dans cette ville de pouvoir royal, Ptah passait pour celui qui avait tout façonné, et il veillait sur ceux qui façonnent à leur tour : sculpteurs, orfèvres, charpentiers, bâtisseurs. Son grand prêtre portait d'ailleurs le titre de « plus grand des chefs artisans ».
Ce qui distingue Ptah dans la pensée égyptienne tient à un texte, la « théologie memphite », gravé sur la pierre de Shabaka, aujourd'hui au British Museum. Selon ce récit, Ptah a conçu le monde dans son cœur, siège de la pensée pour les Égyptiens, puis l'a fait exister en le nommant avec sa langue. Les autres dieux, y compris Atoum, le créateur d'Héliopolis, deviennent ainsi des émanations de sa pensée et de sa parole. Le pharaon kouchite Shabaka (fin du 8e siècle avant notre ère) affirme avoir fait recopier un vieux papyrus mangé par les vers. Longtemps, on a cru ce texte issu de l'Ancien Empire ; depuis l'étude de Friedrich Junge (1973), la plupart des égyptologues y voient une composition bien plus tardive, peut-être d'époque ramesside ou kouchite, habillée d'archaïsmes pour paraître vénérable. La pierre elle-même a souffert : réemployée plus tard comme meule, elle a perdu une partie de son inscription.
À Memphis, Ptah formait une triade avec la déesse lionne Sekhmet et le jeune dieu Néfertoum. Il absorba aussi d'autres figures locales : Tatenen, la terre primordiale surgie des eaux, et Sokar, dieu funéraire de la nécropole voisine, ce qui aboutit à la forme composite Ptah-Sokar-Osiris, très répandue sur les statuettes funéraires de la Basse Époque. Le taureau Apis, élevé dans son temple et enseveli avec faste au Sérapéum de Saqqarah, était considéré comme son héraut vivant. Tardivement, l'architecte Imhotep fut divinisé comme fils de Ptah, ce qui rattachait le savoir technique et médical au dieu des artisans.
L'idée d'une création par la parole invite à des rapprochements avec d'autres traditions, du Logos grec au récit biblique de la Genèse, mais ces comparaisons restent délicates tant que la date du texte memphite demeure discutée. Ce qui est sûr, c'est que Ptah incarnait pour les Égyptiens un lien entre l'intelligence qui conçoit et la main qui exécute, à la fois dieu cosmique et patron très concret des ateliers.
Attributs
- sceptre triple (was-djed-ankh)
- momie stylisée
- calotte serrée
Généalogie
- Entités liées
- Atoum
Notes
La théologie memphite qui lui est associée, où la création procède du verbe divin plutôt que d'un acte physique, est souvent comparée par les égyptologues à d'autres cosmogonies fondées sur le pouvoir créateur de la parole.
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Sources
- Pinch, G. (2004). Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions
- Sethe, K. (1928). Dramatische Texte zu altägyptischen Mysterienspielen (théologie memphite)
- Junge, F. (1973). Zur Fehldatierung des sog. Denkmals memphitischer Theologie oder Der Beitrag der ägyptischen Theologie zur Geistesgeschichte der Spätzeit