Sekhmet
DivinitéAussi connu·e sous : Sachmis
Égyptiens anciens
Déesse guerrière à tête de lionne, envoyée par Rê pour punir l'humanité rebelle, associée à la fois à la destruction et à la guérison, patronne redoutée des médecins égyptiens.
- guerre
- destruction
- maladie et guérison
En détail
Sekhmet, dont le nom signifie « la Puissante », est la déesse lionne de l'Égypte ancienne, figurée en femme à tête de lionne coiffée du disque solaire. Elle était vénérée surtout à Memphis, où elle formait avec le dieu Ptah et leur fils Néfertoum une triade divine. On la connaît aujourd'hui pour sa violence, mais les Égyptiens voyaient en elle une force à double tranchant : celle qui déchaîne la maladie et la guerre est aussi celle qui peut les écarter, pour peu qu'on sache l'apaiser.
Son récit le plus célèbre est la Destruction de l'humanité, conservé dans le Livre de la Vache céleste. Rê, vieilli, envoie son Œil châtier les humains qui complotent contre lui ; la déesse, d'abord Hathor, devient Sekhmet en se livrant au massacre. Pour la stopper, Rê fait verser sur les champs une bière colorée d'ocre rouge qu'elle prend pour du sang ; elle s'enivre, s'endort, et l'humanité survit. Au-delà du mythe, Sekhmet était redoutée comme la source des épidémies, qu'elle envoyait par ses « messagers » ou ses flèches, en particulier pendant les jours dangereux de la fin de l'année. Les rituels étudiés par Philippe Germond dans les temples d'époque gréco-romaine visaient justement à l'apaiser pour protéger le pays pendant cette période.
Ce lien avec la maladie en faisait aussi une patronne de la guérison. Des prêtres dits « purs de Sekhmet » apparaissent dans les sources médicales, aux côtés des médecins et des magiciens, et le papyrus Ebers les mentionne à propos de l'examen du pouls. Leur savoir combinait sans doute gestes thérapeutiques et paroles rituelles adressées à la déesse, deux dimensions que l'Égypte ancienne ne séparait pas.
Le témoignage le plus spectaculaire de son culte date du règne d'Amenhotep III, au XIVe siècle avant notre ère. Le roi fit tailler des centaines de statues de granit de la déesse, assises ou debout, dont beaucoup ont été retrouvées dans le temple de Mout à Karnak et d'autres à l'emplacement de son temple funéraire, sur la rive ouest de Thèbes ; elles sont aujourd'hui dispersées dans les musées du monde entier. L'égyptologue Jean Yoyotte a proposé d'y voir une « litanie de pierre » : environ 730 statues, deux par jour de l'année, qui auraient assuré en permanence l'apaisement de la déesse. Le chiffre reste une reconstruction, mais l'ensemble constitue l'un des plus vastes programmes statuaires consacrés à une seule divinité égyptienne.
Attributs
- tête de lionne
- disque solaire
- couleur rouge (associée à la fureur)
Généalogie
- Entités liées
- Rê
Notes
Le mythe de sa fureur presque incontrôlable envers l'humanité, apaisée seulement par une ruse de Rê (de la bière teintée en rouge pour l'enivrer), illustre la dimension double des déesses lionnes égyptiennes, à la fois protectrices et destructrices.
Sources
- Pinch, G. (2004). Egyptian Mythology: A Guide to the Gods, Goddesses, and Traditions
- Germond, P. (1981). Sekhmet et la protection du monde
- Yoyotte, J. (1980). Une monumentale litanie de granit : les Sekhmet d'Aménophis III et la conjuration permanente de la déesse dangereuse