Benkos Biohó

Héros

Colombiens (Palenque de San Basilio)

Chef marron d'origine ouest-africaine (vraisemblablement des îles Bijagós, actuelle Guinée-Bissau) qui s'évada en 1599 et dirigea un palenque près de Carthagène des Indes, dont l'autonomie fut reconnue par accord en 1605, avant d'être arrêté en 1619 et exécuté en 1621. La tradition de San Basilio de Palenque le célèbre comme son fondateur, un lien que les archives ne permettent pas d'établir directement.

  • résistance
  • liberté
  • fondation communautaire

En détail

Benkos Biohó est l'une des grandes figures du marronnage (cimarronaje) dans la Colombie coloniale. Né à la fin du 16e siècle en Afrique de l'Ouest, vraisemblablement dans l'archipel des Bijagós, au large de l'actuelle Guinée-Bissau, il fut vendu comme esclave à Carthagène des Indes, l'un des principaux ports négriers de l'Amérique espagnole. Sa révolte réussie contre ce système lui vaut d'être honoré aujourd'hui comme l'ancêtre symbolique des communautés afro-colombiennes de la côte caraïbe, et en particulier de San Basilio de Palenque.

Les récits qui le concernent le font capturer par le négrier portugais Pedro Gómez Reinel, puis revendre à Carthagène, où il passe entre les mains de plusieurs maîtres. Une première fuite, à la faveur du naufrage d'une embarcation sur le fleuve Magdalena, se solde par sa reprise. En 1599, il s'échappe de nouveau vers les marécages situés au sud-est de la ville et regroupe d'autres fugitifs dans un palenque, village fortifié de marrons, établi dans la zone de la Matuna. Se faisant appeler « roi de l'Arcabuco » (le maquis), il mène des raids qui inquiètent assez les autorités pour que le gouverneur Gerónimo de Suazo y Casasola conclue avec lui un accord en 1605 : l'autonomie du palenque est reconnue et Biohó obtient le droit d'entrer à Carthagène armé et vêtu à l'espagnole. L'arrangement est confirmé en 1612, sous le gouverneur Diego Fernández de Velasco.

Cette trêve ne survit pas au changement de gouverneur. En 1619, Biohó est arrêté alors qu'il entre dans la ville, et le gouverneur García Girón le fait pendre puis écarteler le 16 mars 1621. Son corps mutilé devait servir d'avertissement, mais la résistance marronne se poursuivit dans les Montes de María tout au long du 17e siècle.

Le lien entre Biohó et le San Basilio de Palenque actuel relève en partie de la mémoire collective plus que de l'archive : plusieurs historiens rappellent qu'aucun document ne le désigne comme fondateur de ce village précis, issu des palenques qui continuèrent la lutte après sa mort et dont la liberté fut reconnue par la Couronne au début du 18e siècle (on cite généralement l'année 1713). La tradition palenquera a néanmoins fait de lui son héros fondateur, et ce récit d'origine compte autant pour la communauté que la chronologie exacte. Le village a conservé une langue créole propre, le palenquero, et des pratiques funéraires et musicales qui ont justifié sa reconnaissance par l'UNESCO.

Généalogie

Entités liées
Nanny des Marrons

Culte contemporain

San Basilio de Palenque reste une communauté vivante en Colombie, reconnue par l'UNESCO pour son patrimoine culturel oral (2005), et Benkos Biohó y est célébré comme héros fondateur.

Notes

Le palenque de San Basilio a préservé jusqu'à aujourd'hui une langue créole propre (le palenquero), l'une des rares langues créoles à base lexicale espagnole et bantoue au monde.

Sources

  • Navarrete, M.C. (2008). San Basilio de Palenque: memoria y tradición
  • UNESCO (2005). Cultural Space of Palenque de San Basilio - inscription au patrimoine immatériel