Tore

Divinité

Mbuti

Figure divine et esprit de la forêt dans la cosmologie mbuti (pygmées de la forêt d'Ituri), associé à l'origine de la mort et parfois envisagé comme complémentaire à la forêt elle-même, vénérée comme source de vie ultime.

  • forêt
  • mort
  • origine du monde

En détail

Tore est une figure de la forêt chez les Mbuti, chasseurs-cueilleurs de la forêt de l'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Selon les sources, il est un dieu de la forêt qui fournit le gibier aux chasseurs, un héros des origines devenu divin, ou encore le maître de la mort. Ces hésitations ne tiennent pas seulement à la diversité des groupes mbuti : elles reflètent aussi les désaccords entre les deux ethnographes qui ont le plus écrit sur leur religion.

Le récit le plus souvent associé à Tore explique l'origine de la mort. Le feu appartenait à Tore, et sa vieille mère le gardait ; un homme profita de ce qu'elle s'était assoupie pour emporter un tison. Tore poursuivit les voleurs sans parvenir à les rattraper, et à son retour trouva sa mère morte. Il décréta alors que les humains mourraient à leur tour. Le même geste donne donc aux hommes le feu et la mortalité, et fait de Tore à la fois un bienfaiteur et celui par qui la mort arrive. D'autres descriptions le rattachent à l'orage et à l'arc-en-ciel, ou le montrent sous l'apparence d'un léopard lors des initiations.

Paul Schebesta, prêtre de la Société du Verbe divin qui séjourna en Ituri en 1929-1930 puis en 1934-1935, voyait en Tore un intermédiaire entre les Mbuti et un dieu créateur de l'univers. Schebesta travaillait sous l'impulsion de Wilhelm Schmidt, qui cherchait chez les peuples dits « pygmées » la preuve d'un monothéisme originel de l'humanité, ce qui a pu orienter sa lecture. Colin Turnbull, qui vécut parmi les Mbuti dans les années 1950, rejeta ce schéma : pour lui, les Mbuti s'adressent directement à la forêt, perçue comme un être bienveillant, parent nourricier et protecteur, et s'intéressent peu aux spéculations sur des divinités personnifiées. Le grand rituel du molimo, qui vise à « réveiller » la forêt par le chant après un décès, va dans ce sens (voir la fiche molimo).

Des travaux plus récents, comme ceux de Masato Sawada sur les Efe, voisins des Mbuti, ont souligné que l'idée d'un dieu créateur unique chez ces populations tient souvent davantage aux attentes des chercheurs qu'aux conceptions locales. Tore est donc à lire comme une figure attestée mais mal stabilisée, dont les contours dépendent beaucoup de celui qui la décrit.

Généalogie

Entités liées
Khonvoum

Notes

Pour les Mbuti, la forêt elle-même occupe souvent une place théologique plus centrale que Tore : certains ethnographes ont noté que la forêt était traitée comme parent nourricier avant tout panthéon personnifié.

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Sources

  • Turnbull, C.M. (1961). The Forest People
  • Schebesta, P. (1936-1938). Die Bambuti-Pygmäen vom Ituri
  • Sawada, M. (2001). Rethinking methods and concepts of anthropological studies on African Pygmies' world view: the Creator-God and the dead. African Study Monographs, Suppl. 27, 29-42

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