Dikenga (cosmogramme kongo)
RiteAussi connu·e sous : Yowa, Croix kongo
Kongo
Symbole cosmologique kongo en forme de croix inscrite dans un cercle, représentant le cycle de vie, mort et renaissance ainsi que le passage entre le monde des vivants et celui des ancêtres. Utilisé dans les rituels et l'art rituel.
- cosmologie
- cycle de vie
- ancestralité
En détail
Le dikenga, aussi appelé yowa ou « croix kongo », est un diagramme cosmologique des Kongo, peuple de l'ancien royaume du Kongo dont les descendants vivent aujourd'hui en Angola, en République démocratique du Congo et en République du Congo. En un seul signe, il résume une conception du monde : deux mondes séparés par une frontière d'eau, et un soleil qui tourne de l'un à l'autre comme tourne une vie humaine. C'est l'un des motifs africains qui ont le plus voyagé hors du continent.
La ligne horizontale, appelée Kalunga, figure le seuil et l'étendue d'eau qui séparent le monde des vivants (ku nseke) de celui des morts (ku mpemba), monde « blanc » associé aux ancêtres. La ligne verticale relie les deux. Autour, le cercle suit la course du soleil, dont les quatre « moments » correspondent, dans la présentation qu'en donne Fu-Kiau, aux étapes de l'existence : musoni, la conception et le temps passé dans le monde invisible ; kala, la naissance, au soleil levant ; tukula, la maturité, au soleil de midi ; luvemba, la mort, au couchant, qui fait passer la personne sous la ligne de Kalunga. Le cycle ne s'arrête pas là, puisque le monde des morts prépare de nouvelles naissances.
Le signe ne servait pas seulement à penser. Tracées au sol, les lignes croisées délimitaient un espace rituel : on se tenait à leur intersection pour prêter serment, et le spécialiste les dessinait pour convoquer un esprit au profit d'un demandeur. L'historienne de l'art Cécile Fromont a montré que les missionnaires capucins des XVIIe et XVIIIe siècles s'inquiétaient de la présence de ce signe cruciforme dans des rites comme le kimpasi (voir sa fiche), et que la croix est devenue un terrain commun où christianisme et religion kongo pouvaient se reconnaître mutuellement.
La lecture systématique en quatre moments doit beaucoup aux écrits de Fu-Kiau, penseur kongo du XXe siècle, et à leur diffusion par Robert Farris Thompson, notamment dans l'exposition The Four Moments of the Sun (1981). Il faut donc distinguer ce que les sources anciennes attestent, surtout l'usage rituel de la croix, de l'interprétation détaillée formulée plus tard. Emporté par les Kongo réduits en esclavage, le signe a laissé des traces dans les Amériques : aux États-Unis, l'archéologie l'a retrouvé gravé sur des poteries et tracé sur les murs de sous-sols d'églises. Il rejoint dans ce codex la figure de Nzambi a Mpungu et l'univers des minkisi (voir la fiche nkisi).
Attributs
- croix inscrite dans un cercle
- quatre points cardinaux associés aux étapes de l'existence
Généalogie
- Entités liées
- Simbi (bisimbi)
Culte contemporain
Le symbole a influencé l'iconographie afro-diasporique, notamment certaines traditions afro-américaines et afro-caribéennes, bien que ses usages contemporains varient largement par rapport à son sens rituel kongo d'origine.
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Sources
- Fu-Kiau, K.K.B. (2001). African Cosmology of the Bantu-Kongo
- Thompson, R.F. (1983). Flash of the Spirit: African and Afro-American Art and Philosophy
- Thompson, R.F. & Cornet, J. (1981). The Four Moments of the Sun: Kongo Art in Two Worlds
- Fromont, C. (2011). Under the Sign of the Cross in the Kingdom of Kongo: Religious Conversion and Visual Correlation in Early Modern Central Africa