Badimo
DivinitéAussi connu·e sous : Balimo (sesotho), Barimo (graphie ancienne), Modimo, molimo (singulier)
Tswana (Batswana) · Sotho (Basotho) · Sotho du Nord
Les badimo (balimo en sesotho) sont les ancêtres défunts des peuples sotho-tswana du Botswana, du Lesotho et d'Afrique du Sud, considérés comme toujours présents auprès de leurs descendants. Intermédiaires entre les vivants et Modimo, ils veillent sur la santé, la fécondité et l'ordre social, et reçoivent en retour des offrandes de bière et de nourriture ainsi que des sacrifices de bétail. Combattu par les missions du 19e siècle, leur culte se maintient sous diverses formes, y compris chez de nombreux chrétiens.
- protection de la lignée
- santé et maladie
- fécondité
- pluie
- ordre social et moral
En détail
Chez les peuples sotho-tswana du Botswana, du Lesotho et d'Afrique du Sud, les badimo (balimo en sesotho) sont les morts de la lignée, qui continuent de veiller sur leurs descendants et d'agir sur leur sort. Le mot est le pluriel de modimo, terme honorifique qui sert aussi à nommer la puissance suprême, Modimo. Pour l'anthropologue Aidan Southall, qui s'appuie sur le théologien tswana Gabriel Setiloane, ce lien de vocabulaire indique qu'entre Modimo, les ancêtres et les vivants la différence est de degré plutôt que de nature ; le dicton « Motho ke modimo » (l'être humain est modimo) va dans le même sens. Comme on ne peut approcher Modimo directement sans en être transformé, c'est aux badimo que l'on s'adresse, et ce sont eux qui occupent le centre de la vie religieuse ordinaire.
Chaque famille se place sous la protection de ses propres ancêtres, surtout en ligne paternelle selon Isaac Schapera, tandis que la communauté entière honore ceux du chef. Le missionnaire Eugène Casalis, établi chez les Basotho à partir de 1833, rapporte qu'on y priait Monaheng et Motloumi, dont descendaient les chefs, et que les Barolong et les Bahurutshe invoquaient Tobégé et son épouse Mampa ; il note aussi une distinction entre ancêtres anciens, plus puissants, et ancêtres récents, plus accessibles, d'où la formule « Dieux nouveaux, priez pour nous les dieux anciens ». Selon Schapera, les morts mènent dans un monde parallèle une existence semblable à celle des vivants : l'homme y garde le bétail de son grand-père. Ils récompensent par la santé et la prospérité ceux qui les respectent, et punissent par la maladie ou les pertes ceux qui les négligent ou enfreignent l'ordre social dont ils sont les gardiens. Ils attendent en retour le tirelo, le « service », qui consiste d'abord à partager : une part de la nourriture ou de la bière préparée leur est réservée ou versée sur le sol. Celui qui les oublie souffre de bolwetse, mot qui désigne la maladie au sens large, un désaccord avec les forces qui font vivre. Un aîné offensé peut, même sans le vouloir, « mettre les badimo » sur le fautif ; la réconciliation passe alors par l'abattage d'un animal, après quoi l'aîné lave l'offenseur avec un mélange du contenu de la panse et d'aloès.
Les rites décrits par Casalis au milieu du 19e siècle suivent cette logique. Toute maladie était imputée aux ancêtres ; les osselets divinatoires (litaola) indiquaient lequel était en cause, du côté du père ou de la mère, et c'est l'oncle paternel ou maternel qui offrait le sacrifice, la vésicule biliaire de la bête étant ensuite attachée aux cheveux du malade. Le défunt était enterré dans le parc à bétail et un bœuf immolé sur sa tombe ; après le battage, une poignée de grain cuit était jetée sur le tas en remerciement. Plus près de nous, l'Encyclopedia of World Cultures décrit un petit autel dans la cour de l'habitation, où l'aîné du lignage présente bière, tabac à priser ou viande avant de s'adresser directement aux ancêtres. Les badimo sont aussi liés à la pluie : d'après Schapera, quand elle tardait, les femmes aspergeaient d'eau et de bière les tombes des ancêtres du chef, et en dernier recours le chef y sacrifiait un taureau noir sans tache en priant son ancêtre de laisser tomber la pluie. Les esprits qui reviennent tourmenter les vivants portent un autre nom, sepoko (pluriel dipoko), emprunté au néerlandais spook, ce qui montre que tous les morts ne deviennent pas des badimo.
Les missions ont fait du culte des ancêtres leur principal adversaire. Casalis raconte qu'à Thaba-Bosiu, aux funérailles de Mantsané, l'une des épouses de Moshoeshoe, une fosse avait été creusée dans le parc à bétail et près d'un millier de bœufs rassemblés ; le missionnaire ayant refusé d'officier sur cette tombe, le chef finit par la faire combler et inhumer la défunte au cimetière chrétien, en déclarant devant l'assemblée que les ancêtres n'étaient que des hommes. Le récit, écrit par un acteur de la scène qui la présente comme une victoire, laisse peu de place aux arguments des opposants. La traduction de la Bible a prolongé ce conflit : la bibliste Musa Dube a montré que la version tswana révisée par A. J. Wookey en 1908 rendait les « démons » des Évangiles par badimo, et une révision de 1992 a remplacé le mot par mewa e maswe (esprits mauvais) dans certains passages. Pour Setiloane, beaucoup de chrétiens sotho-tswana n'ont pas abandonné l'ancienne vision du monde mais y ont fait entrer le christianisme, et le rite d'action de grâces pha badimo a gardé sa place dans la pratique chrétienne. Le lien avec Modimo, la puissance que les ancêtres relaient, est développé dans la fiche qui lui est consacrée ; les récits d'origine attachés au site de Matsieng touchent eux aussi aux ancêtres et à la pluie.
Attributs
- parc à bétail (lieu de sépulture)
- bière de sorgho
- tabac à priser
- osselets divinatoires (litaola)
- vésicule biliaire de la bête sacrifiée
- pots sombres réservés aux ancêtres (dinkho tsa badimo)
- encens d'imphepho (Helichrysum)
Généalogie
- Entités liées
- Modimo, Moshoeshoe Ier, Thaba Bosiu (la Montagne de la Nuit), Ubungoma
Récits associés
Culte contemporain
Le culte des ancêtres reste vivant chez les Sotho-Tswana, souvent aux côtés d'une appartenance chrétienne : le théologien James Amanze (2003, cité par Hoeane et McGinn) le décrit comme le cœur de la religion tswana traditionnelle, et Southall signale que le rite d'action de grâces pha badimo garde une place dans le christianisme tswana. D'après des entretiens menés en 2020 auprès de guérisseurs par Hoeane et McGinn, on communique avec les ancêtres (go phatlha) en brûlant de l'imphepho dans un pot sombre réservé à cet usage (nkho ya badimo), avec des bougies blanches et rouges, du tabac à priser et l'énoncé des noms de clan, lors des naissances, des décès ou de l'arrivée d'une épouse ; ces pots ne servent qu'aux ancêtres, qui sont censés venir la nuit.
Notes
Les positions du livre de Setiloane (1976) sont résumées par Southall et citées par Berman (2017) et Mothoagae (2014). Les idées attribuées à Setiloane sur la persistance de l'ancienne vision du monde chez les chrétiens viennent de Southall, qui renvoie à un article de Setiloane de 1978 (« How the Traditional World View Persists in the Christianity of the Sotho-Tswana »). The Tswana de Schapera (1953, rééd. revue avec John L. Comaroff en 1991) est cité par Gewald (2002) et Berman (2017), et l'introduction de Schapera à Apprenticeship at Kuruman (1951) par Mothoagae. La citation de Matthieu 15.22 et l'exemple de Matthieu 10.8 (« kgoromeletsang badimo ntle ») viennent de Mothoagae, qui signale aussi la révision de 1992 conduite par Morolong pour l'Église congrégationaliste unie. Le récit des funérailles de Mantsané est celui de Casalis, missionnaire engagé dans la controverse, et la scène n'est pas datée dans son livre. L'étymologie du mot reste discutée : Casalis rattachait molimo à holimo, « en haut », et y lisait « celui qui est au ciel », alors que la fiche Modimo retient un radical bantou désignant l'esprit. La page Wikipédia anglaise sur les badimo décrit, d'après un article des Botswana Notes and Records (vol. 15) sur les collines de Tswapong, des ancêtres qui parleraient leur propre langue et recevraient des délégations dans les collines avant les pluies ; ce matériau ne repose que sur la présentation qu'en fait Wikipédia.
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Sources
- Setiloane, G.M. (1976). The Image of God among the Sotho-Tswana. Rotterdam, A.A. Balkema
- Southall, A. (1987). Tswana Religion. In M. Eliade (dir.), The Encyclopedia of Religion, New York, Macmillan (2e éd. 2005, bibliographie révisée)
- Schapera, I. (1953). The Tswana. Londres, International African Institute (p. 59-61)
- Casalis, E. (1859). Les Bassoutos, ou vingt-trois années de séjour et d'observations au sud de l'Afrique. Paris, Meyrueis (p. 91-97 et 261-269)
- Dube, M.W. (1999). Consuming a Colonial Cultural Bomb: Translating Badimo into 'Demons' in the Setswana Bible (Matthew 8.28-34; 15.22; 10.8). Journal for the Study of the New Testament 21(73), p. 33-59
- Mothoagae, I.D. (2014). The gendered God in the Setswana Bible and the captivity of Modimo: Moffat and the translating of the Bible into Setswana. Studia Historiae Ecclesiasticae 40(2)
- Gewald, J.-B. (2002). El Negro, el Niño, witchcraft and the absence of rain in Botswana. Pula: Botswana Journal of African Studies 16(1), p. 37-51
- Van Schalkwyk, J.A. (2002). Sotho. In Encyclopedia of World Cultures Supplement, New York, Macmillan Reference
- Berman, S.K. (2017). A Bible translation inspired look at the history and ethnography of the Batswana. In die Skriflig / In Luce Verbi 51(1), a2153
- Hoeane, M. & McGinn, I. (2021). Making a case for the spiritual significance of Dinkho tsa Badimo as sacred ceramics in museum collections. Pharos Journal of Theology 102 (numéro spécial 1)