Gule Wamkulu

Rite

Chewa

Société secrète masquée chewa (Nyau) organisant des danses rituelles lors de funérailles, initiations et cérémonies communautaires, où des masques représentant esprits, animaux et figures satiriques incarnent la médiation entre les vivants et les morts.

  • mascarade
  • funérailles
  • médiation avec les morts

En détail

Le Gule Wamkulu, « la grande danse », est la mascarade de la confrérie nyau, une société d'hommes initiés que l'on trouve chez les Chewa du Malawi, de l'est de la Zambie et de l'ouest du Mozambique. L'UNESCO en fait remonter l'origine à l'ancien royaume chewa du 17e siècle. Dans une société matrilinéaire où les hommes mariés, installés dans le village de leur épouse, occupent une place assez marginale, le nyau leur offre un espace de solidarité qui dépasse les frontières d'un village. C'est aussi par lui que passe l'initiation des jeunes garçons, dont la fin est marquée par une représentation de la grande danse.

Les danseurs masqués ne sont pas censés représenter des esprits : ils le sont, le temps de la performance, et viennent du monde des morts. Leur lieu d'initiation et de préparation, le dambwe, est d'ailleurs associé aux bois où l'on enterre les défunts. La mascarade intervient surtout aux funérailles et aux cérémonies de commémoration, mais aussi après la récolte de juillet, lors de mariages ou de l'installation d'un chef. On distingue deux grandes familles de figures : les masques de bois ou de fibres portés par un seul danseur, et les grandes structures de vannerie (zilombo, « bêtes sauvages ») qui enveloppent entièrement un ou plusieurs porteurs. Parmi ces dernières, l'antilope Kasiyamaliro, faite de feuilles de maïs tressées, est considérée comme la « mère » du Gule Wamkulu ; l'éléphant, animé par plusieurs hommes, est réservé aux funérailles de chefs.

Chaque personnage illustre un travers ou une vertu, et la danse sert autant à effrayer qu'à instruire. Le répertoire n'a jamais été figé : aux animaux et aux défunts se sont ajoutés des marchands d'esclaves, des colons, des missionnaires, et plus récemment une moto ou un hélicoptère. Des masques comme Simoni ou Maliya reprennent des noms chrétiens pour mieux caricaturer l'administration et l'Église coloniales. Les missions chrétiennes combattirent longtemps le nyau ; il a survécu en intégrant certains éléments du christianisme et en tournant parfois la satire contre ceux qui cherchaient à l'interdire.

Proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel en 2005, le Gule Wamkulu figure depuis 2008 sur la liste représentative de l'UNESCO. Le dossier d'inscription s'inquiète lui-même de sa réduction progressive à un spectacle pour touristes ou à un outil politique. Une partie de la documentation disponible vient du père Claude Boucher, qui a fondé en 1976 le centre Kungoni au Malawi et consacré plusieurs décennies à l'étude des masques chewa : une situation paradoxale, puisqu'elle place un missionnaire parmi les principaux passeurs d'une tradition longtemps combattue par les missions.

Attributs

  • masques sculptés (nyau) et costumes de fibres
  • danse acrobatique

Culte contemporain

Proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2005, puis inscrit sur la Liste représentative en 2008 ; pratiqué au Malawi, en Zambie et au Mozambique.

Tags

Sources

  • UNESCO (2005). Gule Wamkulu - proclamation au patrimoine oral et immatériel (inscrit sur la Liste représentative en 2008)
  • Boucher, C. (2012). When Animals Sing and Spirits Dance: Gule Wamkulu, the Great Dance of the Chewa People of Malawi

À lire aussi