Modimo

Divinité

Sotho · Tswana

Concept de divinité suprême dans la pensée sotho-tswana, entité abstraite et lointaine associée à la création et à l'ordre moral, rarement représentée sous une forme anthropomorphe et approchée surtout via les esprits ancestraux (badimo).

  • création
  • ordre moral
  • transcendance

En détail

Modimo (Molimo en sesotho) est le nom que les peuples sotho et tswana, du Lesotho au Botswana en passant par l'Afrique du Sud, donnent à la puissance suprême. C'est aussi le mot qui traduit « Dieu » dans les Bibles de ces langues, ce qui en fait l'un des termes religieux les plus discutés d'Afrique australe : savoir ce qu'il signifiait avant l'arrivée des missionnaires engage toute la question de la continuité entre religion ancienne et christianisme.

Le mot est formé sur la racine -dimo, issue d'un radical bantou désignant l'esprit, la même que dans badimo, les ancêtres. Dans l'ancienne langue, Modimo appartenait à une classe nominale réservée aux choses et aux forces impersonnelles, et non à celle des personnes. Le théologien tswana Gabriel Setiloane y voyait la marque d'une réalité plus vaste qu'une personne, une force présente partout et approchée d'abord par l'intermédiaire des ancêtres. Les premiers témoins européens en donnent des images contrastées : le voyageur allemand Lichtenstein décrit en 1807 un être invisible, cause des phénomènes naturels et dispensateur du bien comme du mal ; le missionnaire Robert Moffat, dans les années 1820, en fait un être malfaisant surgi d'un trou ; au Lesotho, Eugène Casalis, arrivé en 1833 auprès de Moshoeshoe, reconnaît en Molimo un dieu lointain, auquel on imputait notamment la mort par la foudre.

Modimo se mêle aussi aux récits d'origine. Un informateur de Moffat lui expliqua que Modimo était sorti d'un trou dans la terre en même temps que le premier ancêtre et les animaux, et proposa de lui montrer les empreintes laissées dans la roche, celles de Modimo se reconnaissant à l'absence d'orteils. Selon Setiloane, les autres versions attribuent cette empreinte sans orteils à Lowe, le lieu ou l'être primordial dont sortirent les premiers humains ; les empreintes de Matsieng, au Botswana, sont rattachées à cette tradition. Le vocabulaire lui-même brouille les frontières : modimo pouvait désigner un chef vivant, et son pluriel medimo s'appliquait à des esprits encore considérés individuellement, défunts récents appelés par leur nom ou ancêtres de groupes étrangers.

Le débat reste ouvert. Selon le missionnaire John Mackenzie, ce sont les interprètes, et non les missionnaires, qui rendaient systématiquement « Dieu » par Morimo ; Isaac Schapera jugeait au contraire que la notion chrétienne avait largement recouvert l'ancienne, devenue difficile à reconstituer. L'historien Bruce Bennett montre que ces positions dépendent autant des sources choisies que des convictions de leurs auteurs. Le même problème se pose chez les Zulu avec uNkulunkulu.

Notes

Le terme Modimo a également été repris par les missionnaires chrétiens pour traduire 'Dieu', ce qui complique la reconstitution de sa signification précoloniale exacte, comme pour uNkulunkulu chez les Zulu.

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Sources

  • Setiloane, G.M. (1976). The Image of God among the Sotho-Tswana
  • Schapera, I. (1953). The Tswana
  • Bennett, B.S. (2002). The Contested History of Modimo

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