Ring shout

Rite

Aussi connu·e sous : Shout, Ring shout gullah geechee

Gullah Geechee · Afro-Américains du Sud des États-Unis

Forme de culte afro-américaine où les participants avancent en cercle dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, en traînant les pieds sans jamais les croiser, au rythme de chants à répons, de battements de mains et d'un bâton frappé sur le plancher. Décrit dès la guerre de Sécession dans les Sea Islands de Caroline du Sud et de Géorgie, il se maintient dans la communauté gullah geechee de Bolden, en Géorgie, avec les McIntosh County Shouters. Plusieurs historiens y voient le prolongement de danses circulaires d'Afrique centrale et occidentale tournées vers les ancêtres.

  • culte chrétien afro-américain
  • danse sacrée
  • chant à répons
  • mémoire des ancêtres

En détail

Le ring shout est, selon le folkloriste Art Rosenbaum, qui l'a étudié pendant seize ans, probablement la plus ancienne tradition de performance afro-américaine encore vivante en Amérique du Nord. Il s'est formé chez les esclaves des basses terres côtières de Caroline du Sud et de Géorgie, ancêtres des Gullah Geechee, à mesure qu'ils adoptaient le christianisme : chanter, frapper des mains et tourner en cercle devint une manière de prier qui conservait des gestes venus d'Afrique. Il compte aussi pour l'histoire de la musique, puisque le musicologue Samuel A. Floyd y retrouvait, à l'état de germe, la plupart des formes musicales afro-américaines, à commencer par le répons entre un soliste et un chœur.

Les premières descriptions détaillées viennent d'observateurs du Nord arrivés dans les Sea Islands pendant la guerre de Sécession. Le colonel Thomas Wentworth Higginson, qui commandait un régiment de soldats noirs, raconte dans Army Life in a Black Regiment (1870) les huttes de palmes où les hommes chantent en frappant des pieds et des mains, jusqu'à ce qu'un cercle se forme et s'anime de plus en plus. Le shout se tenait souvent après l'office, dans les praise houses, les maisons ou les granges, et rarement sous les yeux d'étrangers ; des responsables religieux noirs comme blancs le dénonçaient comme un reste de « paganisme ». Les planteurs du littoral avaient interdit les tambours, de crainte qu'ils ne servent à donner le signal d'un soulèvement : la percussion est passée aux mains, aux pieds et au bâton.

À Bolden, aussi appelé Briar Patch, près d'Eulonia dans le comté de McIntosh, la tradition s'est transmise autour de l'église baptiste Mt. Calvary, où l'on « shoute » chaque année pendant la Watch Night, la veillée du Nouvel An. Les rôles sont distincts : un songster lance le chant, les basers lui répondent, un homme marque le rythme d'un bâton sur le plancher de bois, et les shouters tournent en cercle en veillant à ne jamais croiser les pieds, ce qui ferait du shout une danse profane. Les folkloristes croyaient la pratique éteinte lorsqu'ils découvrirent ce groupe en 1980. Sous la conduite de Lawrence McKiver, né en 1915 et mort en 2013, les McIntosh County Shouters ont reçu en 1993 une National Heritage Fellowship du National Endowment for the Arts et enregistré pour Smithsonian Folkways.

L'origine africaine du shout est admise dans son principe et discutée dans le détail. Sterling Stuckey, dans Slave Culture (1987), y voit le prolongement des danses en cercle tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, adressées aux ancêtres et aux dieux, que l'on trouve en Afrique centrale et occidentale ; le cercle aurait aussi réuni des captifs d'origines diverses et contribué à forger une identité afro-américaine commune. D'autres auteurs rapprochent ce cercle du cosmogramme kongo, la croix inscrite dans un cercle qui figure le cycle de la vie et de la mort, un rapprochement suggestif que ne vient appuyer aucun témoignage direct. Le mot shout reste lui-même énigmatique : le linguiste Lorenzo Dow Turner y voyait l'arabe saut, associé à la circumambulation autour de la Kaaba, une hypothèse que rapporte Rosenbaum. Dans le codex, le ring shout voisine avec d'autres traditions gullah, comme le récit des Africains qui volent ou la figure du boo hag.

Attributs

  • cercle tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre
  • bâton ou balai frappé sur le plancher
  • battements de mains et de pieds
  • praise house
  • Watch Night (veillée du Nouvel An)

Généalogie

Entités liées
Dikenga (cosmogramme kongo), Hoodoo (rootwork), Boo hag, Gullah Jack

Récits associés

Culte contemporain

Les McIntosh County Shouters continuent de shouter pour la Watch Night à l'église Mt. Calvary de Bolden et se produisent en public, notamment au National Museum of African American History and Culture de Washington. Le ring shout reste néanmoins une pratique rare au 21e siècle.

Notes

Le nom de la communauté s'écrit Bolden (Rosenbaum, New Georgia Encyclopedia) ou Bolton (présentation éditoriale de son livre). Le lien entre le cercle du shout et le cosmogramme kongo est proposé par plusieurs auteurs (par exemple un mémoire de l'Africana Studies and Research Center de Cornell), mais reste une interprétation. L'étymologie par l'arabe saut, avancée par Lorenzo Dow Turner, n'est pas démontrée. Les témoignages du 19e siècle émanent pour la plupart d'observateurs blancs qui comprenaient mal ce qu'ils voyaient, et le shout se pratiquait volontiers à l'abri de leurs regards.

Tags

Sources

  • Rosenbaum, A. (1998). Shout Because You're Free: The African American Ring Shout Tradition in Coastal Georgia
  • Rosenbaum, A. (2005). McIntosh County Shouters. New Georgia Encyclopedia
  • Stuckey, S. (1987). Slave Culture: Nationalist Theory and the Foundations of Black America
  • Powers, B.E. (2016). Ring Shouts. South Carolina Encyclopedia
  • Floyd, S.A. (1991). Ring Shout! Literary Studies, Historical Studies, and Black Music Inquiry. Black Music Research Journal, 11(2)
  • Smith, T.D. (s.d.). The Ring Shout. In Gale Library of Daily Life: Slavery in America

À lire aussi