Hoodoo (rootwork)

Rite

Afro-Américains du Sud des États-Unis

Tradition de magie populaire afro-américaine, distincte des religions organisées, mêlant héritages ouest-africains, kongo, amérindiens et éléments chrétiens, centrée sur l'usage de racines, d'objets rituels et de formules pour la protection, la chance ou l'influence.

  • magie populaire
  • protection
  • guérison

En détail

Le hoodoo, que l'on appelle aussi conjure ou rootwork, est un ensemble de savoirs magiques et thérapeutiques développé par les Afro-Américains du Sud des États-Unis. Ce n'est pas une religion dotée d'un panthéon et d'un clergé, mais une pratique d'intervention sur le monde : attirer la chance, protéger une maison, gagner un procès, retenir un amour, soigner, ou au contraire nuire. Il mêle des héritages d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest, une connaissance des plantes en partie partagée avec les Amérindiens et des éléments européens, dont la Bible, lue comme un livre de pouvoir. Il compte parce qu'il fut, dans un Sud protestant où les cultes africains organisés n'ont pas survécu, l'un des principaux véhicules de la mémoire religieuse africaine.

Les spécialistes, root doctors ou conjure doctors, consultés en secret ou au grand jour, travaillent avec des racines, des herbes, des poudres, des bougies et des objets personnels. Le mojo bag, petit sachet de tissu où l'on réunit racines, minéraux et autres ingrédients, se porte sur soi ; la poudre de brique rouge répandue sur un seuil passe pour en interdire l'accès aux influences hostiles ; la racine dite de High John the Conqueror sert pour la chance et la force. Les Psaumes sont récités à des fins précises. Zora Neale Hurston a décrit dans Mules and Men (1935) son apprentissage auprès de praticiens de La Nouvelle-Orléans, et le folkloriste Harry Middleton Hyatt a interrogé entre 1936 et 1940 quelque mille six cents informateurs dans une douzaine d'États ; ses enregistrements, publiés en cinq volumes entre 1970 et 1978, restent la plus vaste documentation existante sur ces pratiques.

La transmission familiale et orale a été profondément transformée au 20e siècle par le commerce. Des drugstores, des fabricants et des maisons de vente par correspondance, dites curio companies (comme la King Novelty Company de Chicago), ont diffusé huiles, encens, poudres et racines, à côté des dream books, comme l'Aunt Sally's Policy Players Dream Book paru en 1889, qui traduisaient les rêves en numéros à jouer à la policy, une loterie clandestine très répandue dans les quartiers noirs. L'historienne Carolyn Morrow Long a retracé cette évolution des petits vendeurs par correspondance jusqu'aux fabricants à diffusion mondiale.

Cette marchandisation a élargi le public du hoodoo bien au-delà de ses cercles d'origine, et elle rend difficile toute définition d'une pratique « authentique ». Il faut aussi distinguer le hoodoo du vaudou de La Nouvelle-Orléans, religion organisée dont Marie Laveau reste la figure la plus connue, même si les deux se sont largement recoupés dans cette ville. Dans le codex, le hoodoo se relie à High John the Conqueror et, plus loin, aux traditions kongo du nkisi, objets investis d'une puissance que l'on retrouve sous d'autres formes dans les sachets et les charmes du Sud américain.

Attributs

  • racines et herbes rituelles
  • mojo bags (sachets porte-bonheur)
  • poudre de brique rouge

Généalogie

Entités liées
High John the Conqueror, Boo hag

Culte contemporain

Pratique toujours vivante dans certaines régions du Sud des États-Unis, avec une diffusion commerciale croissante (boutiques spécialisées, contenus en ligne) qui a partiellement transformé sa transmission traditionnelle orale et familiale.

Notes

À distinguer du vodou haïtien et de la santería, qui sont des religions structurées avec panthéons et clergé : le hoodoo est une pratique magique populaire sans théologie centralisée propre, historiquement pratiquée par des chrétiens afro-américains en parallèle de leur foi religieuse.

Tags

Sources

  • Hurston, Z.N. (1935). Mules and Men
  • Anderson, J.E. (2005). Conjure in African American Society
  • Long, C.M. (2001). Spiritual Merchants: Religion, Magic, and Commerce
  • Hyatt, H.M. (1970-1978). Hoodoo, Conjuration, Witchcraft, Rootwork

À lire aussi