Myal
RiteJamaïcains
Religion afro-chrétienne jamaïcaine ancienne, historiquement définie en opposition à l'obeah perçu comme une magie individuelle potentiellement malveillante, le myal se présentant comme une pratique communautaire de guérison et de protection contre la sorcellerie.
- guérison communautaire
- protection contre la sorcellerie
- possession
En détail
Le myal est l'une des plus anciennes formes religieuses afro-jamaïcaines dont on ait une trace écrite. Le planteur et historien Edward Long le décrit dès les années 1760 comme une société dont les membres, par la danse et des breuvages de plantes, entraient dans un état proche de la mort avant d'être ramenés à la vie. Pratique collective de divination et de guérison, le myal s'appuyait sur la puissance des ancêtres et se présentait comme un recours contre le mal attribué à l'obeah, d'où l'opposition entre les deux qui structure encore la façon dont on raconte cette histoire.
Pour l'initiation décrite à l'époque esclavagiste, le candidat buvait une eau mêlée de calalou, puis dansait jusqu'à tomber dans cet état de mort apparente ; une seconde préparation le ranimait. Les médiums myal passaient pour invulnérables aux balles des Blancs, un détail qui aide à comprendre pourquoi les planteurs voyaient dans ces rassemblements un danger politique autant que religieux.
L'épisode le mieux documenté survient après l'abolition. En 1841, des morts inexpliquées et la concurrence pour le travail sur les plantations déclenchent un vaste mouvement : des myal men sont appelés, par exemple au village de Salt Spring dans la paroisse de Saint James, pour débarrasser la région de l'obeah. Guidés, disaient-ils, par les esprits, ils déterraient les charmes enfouis, récupéraient les « ombres » (une seconde âme) captées par les praticiens d'obeah et obtenaient, parfois par la force, des confessions publiques. Certains cessaient le travail pour « préparer la terre pour Jésus », dont ils annonçaient le retour, et investissaient les lieux de réunion des missionnaires. La répression officielle fait rentrer le mouvement dans la clandestinité en novembre 1842.
Le myal ne disparaît pas pour autant. Le grand Réveil de 1860 donne naissance aux Églises revivalistes, Zion Revival et Pukumina, où l'esprit du myal se prolonge sous les traits de l'Esprit saint, et le mot désigne encore la possession dans le kumina. Le droit, lui, a longtemps rangé myal et obeah ensemble : la loi jamaïcaine sur l'obeah de 1898, toujours en vigueur, vise aussi le « myalisme ». Il faut enfin garder à l'esprit que presque toutes les sources anciennes émanent de planteurs, de missionnaires ou de magistrats hostiles : elles décrivent le myal de l'extérieur, avec les catégories et les craintes de ceux qui cherchaient à le contrôler.
Généalogie
- Entités liées
- Obeah
Culte contemporain
A largement fusionné avec des mouvements religieux afro-chrétiens ultérieurs comme le revivalisme jamaïcain (Zion Revival, Pukumina), rendant ses formes originelles difficiles à isoler aujourd'hui.
Notes
La distinction historique entre myal (bénéfique) et obeah (potentiellement malveillant) a souvent été instrumentalisée par les autorités coloniales britanniques, qui toléraient sélectivement l'un tout en réprimant l'autre selon leurs propres intérêts.
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Sources
- Schuler, M. (1980). Alas, Alas, Kongo
- Chevannes, B. (1994). Rastafari: Roots and Ideology