Obeah

Rite

Caribéens anglophones (Jamaïque et autres)

Pratique de magie populaire et de guérison répandue dans les Caraïbes anglophones, mêlant héritages ouest-africains, kongo et savoirs botaniques locaux, historiquement criminalisée par les autorités coloniales britanniques qui y voyaient une menace à l'ordre esclavagiste.

  • magie populaire
  • guérison
  • protection

En détail

Dans les Caraïbes anglophones, le mot obeah recouvre un ensemble de savoirs rituels et de pratiques de guérison, de protection et de divination, par lesquels un spécialiste sollicite des puissances spirituelles au bénéfice d'un client. Ce n'est ni une Église ni un culte organisé : l'obeah man ou l'obeah woman est un praticien consulté en privé, qui combine prières, objets préparés et connaissance des plantes. Son histoire compte parce qu'elle est indissociable de celle de l'esclavage : l'obeah est le premier savoir religieux d'origine africaine que le droit colonial britannique a érigé en crime.

Ce basculement date de la révolte de Tacky, en Jamaïque, en 1760, le plus grand soulèvement d'esclaves de la Caraïbe britannique au 18e siècle. Ses meneurs étaient conseillés par des praticiens d'obeah qui leur apportaient courage, cohésion et protection spirituelle. La même année, l'assemblée coloniale vote une loi de contre-insurrection, « An Act to Remedy the Evils arising from Irregular Assemblies of Slaves », qui interdit l'obeah et prévoit la mort ou la déportation pour ceux qui le pratiquent. Des lois comparables se multiplient ensuite dans les autres colonies britanniques, notamment après l'abolition, et l'accusation d'obeah devient pour longtemps un instrument de contrôle des populations noires, bien au-delà des cas de rébellion.

L'origine du mot est discutée. Jerome Handler et Kenneth Bilby jugent probable une dérivation de l'igbo, où des termes comme dibia ou obia désignent le guérisseur et devin, avec une valeur entièrement positive ; d'autres auteurs ont proposé une origine akan, à partir du twi obayifo (« sorcier »), et la question ne sera sans doute jamais tranchée. Les pratiques elles-mêmes empruntent à plusieurs aires culturelles, akan, gbe et kongo notamment, sans se réduire à aucune. En Jamaïque, l'obeah était traditionnellement opposé au myal, présenté comme un contre-pouvoir communautaire, même si les sources coloniales ont souvent brouillé la frontière entre les deux.

La décriminalisation reste inégale. L'obeah n'est plus un délit à Anguilla depuis 1980, à la Barbade depuis 1998, à Trinité-et-Tobago depuis 2000 et à Sainte-Lucie depuis 2004. En Jamaïque, en revanche, l'Obeah Act de 1898 est toujours en vigueur : l'amendement de 2013 n'a supprimé que la peine de fouet, et la pratique demeure passible de prison.

Généalogie

Entités liées
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Culte contemporain

Sa criminalisation, renforcée après la révolte de Tacky en Jamaïque (1760), a été levée dans plusieurs pays caribéens à partir de la fin du 20e siècle (Anguilla en 1980, Barbade en 1998, Trinité-et-Tobago en 2000, Sainte-Lucie en 2004). En Jamaïque, l'Obeah Act de 1898 reste en vigueur : l'amendement de 2013 a seulement supprimé la peine du fouet.

Notes

La répression légale de l'obeah durant des siècles illustre directement comment la spiritualité africaine diasporique a été traitée comme une menace politique par les pouvoirs coloniaux, plutôt qu'une simple curiosité religieuse marginale.

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Sources

  • Paton, D. (2015). The Cultural Politics of Obeah: Religion, Colonialism and Modernity in the Caribbean World
  • Bilby, K.M. & Handler, J.S. (2004). Obeah: Healing and Protection in West Indian Slave Life
  • Handler, J.S. & Bilby, K.M. (2001). On the Early Use and Origin of the Term 'Obeah' in Barbados and the Anglophone Caribbean

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