Les Africains qui volent

Récit

Aussi connu·e sous : The Flying Africans, légende d'Ibo Landing

Afro-Américains des Sea Islands (Géorgie, Caroline du Sud)

Récit folklorique afro-américain selon lequel un groupe d'Africains réduits en esclavage, ayant conservé le pouvoir de voler ou prononçant un mot magique, se seraient envolés collectivement pour échapper à l'esclavage et retourner en Afrique plutôt que de se soumettre.

  • résistance
  • liberté
  • mémoire de l'esclavage

En détail

Le récit des Africains qui volent est l'une des légendes les plus marquantes de la diaspora africaine en Amérique : des captifs, refusant la servitude, s'élèvent dans les airs et repartent vers l'Afrique par-dessus l'océan. Il est surtout attaché aux Gullah Geechee, descendants d'esclaves des Sea Islands de Géorgie et de Caroline du Sud, mais on le rencontre aussi ailleurs aux États-Unis et dans plusieurs îles de la Caraïbe. Sa force tient à ce qu'il retourne la mémoire de la traite : le voyage sans retour devient un retour possible.

À la fin des années 1930, les enquêteurs du Georgia Writers' Project, dont les entretiens paraissent en 1940 sous le titre Drums and Shadows, recueillent sur la côte géorgienne des témoignages de personnes âgées qui tenaient l'histoire de leurs aînés. Les versions divergent sur le moyen. Dans l'une d'elles, reprise par Virginia Hamilton en 1985, un vieil homme nommé Toby murmure des mots africains à une jeune mère, Sarah, qui s'effondre sous le fouet du contremaître, son bébé sur le dos ; elle s'élève aussitôt, puis d'autres après elle, tandis que ceux qui ont oublié ces mots restent à terre. Dans d'autres, notamment caribéennes, le pouvoir de voler dépend d'un interdit : quiconque a mangé du sel ne peut plus s'envoler. À Tobago, Gang Gang Sarah est ainsi une Africaine restée sur l'île pour avoir goûté au sel.

La tradition locale rattache souvent le récit à Igbo Landing, sur l'île de St. Simons. En mai 1803, environ soixante-quinze captifs igbo achetés à Savannah se révoltèrent pendant leur transport ; parvenus à Dunbar Creek, un grand nombre d'entre eux entrèrent ensemble dans l'eau plutôt que d'être vendus. Les sources d'époque, rares, parlent d'une dizaine de noyés au moins, et le nombre exact reste inconnu. La mémoire gullah en a fait un départ volontaire vers l'Afrique, à pied sur l'eau ou par les airs. Un marqueur historique a été installé sur l'île en 2022.

Ce lien avec un suicide collectif n'est pas la seule lecture possible. L'historien Jeroen Dewulf fait remonter le motif du sel à l'Afrique centrale : en kikongo, l'expression « manger le sel » désignait le baptême, le rite catholique de l'époque comportant un peu de sel déposé sur la langue. La légende aurait alors pris forme dans les débats des esclaves sur les effets du baptême chrétien sur leur sort après la mort, entre retour au pays des ancêtres et ciel des chrétiens. Le motif nourrit depuis la littérature et le cinéma afro-américains : Song of Solomon de Toni Morrison (1977), Praisesong for the Widow de Paule Marshall (1983) et le film Daughters of the Dust de Julie Dash (1991).

Généalogie

Entités liées
Boo hag

Culte contemporain

Le récit reste central à la mémoire culturelle des Gullah Geechee des Sea Islands, popularisé littérairement par le recueil de Virginia Hamilton 'The People Could Fly' (1985).

Notes

Le récit est parfois rattaché à un événement historique documenté à Igbo Landing (1803), où un groupe d'Igbo capturés se seraient suicidés collectivement plutôt que de se soumettre à l'esclavage ; la légende du vol transforme cet événement tragique en acte de résistance transcendante.

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Sources

  • Georgia Writers' Project (1940). Drums and Shadows: Survival Studies among the Georgia Coastal Negroes
  • Hamilton, V. (1985). The People Could Fly: American Black Folktales
  • Dewulf, J. (2021). Flying Back to Africa or Flying to Heaven? Competing Visions of Afterlife in the Lowcountry and Caribbean Slave Societies

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