Nkisi
RiteAussi connu·e sous : Minkisi (pluriel)
Kongo
Objets rituels investis d'une force spirituelle (bakisi) par un spécialiste (nganga), utilisés pour la guérison, la protection ou la justice. Les nkisi nkondi ("chasseurs"), hérissés de clous, comptent parmi les formes les plus documentées.
- protection
- guérison
- justice spirituelle
En détail
Chez les Kongo, un nkisi (pluriel minkisi) est un réceptacle rendu actif par un spécialiste, le nganga, pour soigner, protéger, rendre justice ou punir. Il peut prendre la forme d'une figure humaine ou animale sculptée, comme le chien à deux têtes appelé nkisi kozo, mais aussi d'un sachet ou d'un paquet de substances. Ce qui le définit n'est pas sa forme : c'est la force qui l'habite et le travail rituel qui l'a mise en place. Dans la cosmologie kongo, ces puissances agissent entre les humains et un dieu créateur lointain, Nzambi a Mpungu (voir sa fiche).
Pour activer un nkisi, le nganga rassemble des ingrédients (bilongo) logés dans le ventre ou la tête de la figure, souvent derrière un morceau de miroir ou de verre, ou dans un contenant attaché à elle. Chaque ingrédient est choisi pour ce qu'il évoque : l'anthropologue Wyatt MacGaffey a montré que ces choix reposent souvent sur des jeux de mots et des associations propres au kikongo, le nom d'une substance faisant écho à l'effet recherché. S'y ajoutent chants et prières qui accompagnent la mise en œuvre.
Les nkisi nkondi sont les plus connus hors d'Afrique. Nkondi signifie « chasseur » : leur rôle est de traquer les auteurs de méfaits, de faire respecter les serments et de sanctionner ceux qui les rompent. Les clous et lames qui les hérissent y ont été enfoncés par le nganga, chacun pour sceller un serment, témoigner d'un accord ou éveiller la force contre un coupable ; les parties léchaient parfois le clou avant qu'il ne soit planté. MacGaffey, s'appuyant sur le capucin Luca da Caltanisetta (fin du XVIIe siècle), note que les nganga frappaient alors les minkisi l'un contre l'autre pour les éveiller, et que le clou a pu remplacer ce geste plus tard.
Un nkondi couvert de clous est donc aussi une archive : chaque insertion garde la trace d'une affaire réglée devant lui. Cette dimension disparaît quand l'objet est exposé en musée comme une simple sculpture, et plus encore quand on le range sous l'étiquette de « fétiche », que la recherche actuelle rejette. Le nganga et ses pratiques se retrouvent dans d'autres fiches du codex, notamment ngoma et kimpasi.
Attributs
- clous et lames plantés (nkisi nkondi)
- miroir
- sac de charges rituelles (bilongo)
Généalogie
- Entités liées
- Candomblé, Simbi (bisimbi), Kishi, Funza, Lemba
Culte contemporain
Pratique fortement réprimée durant la colonisation et l'évangélisation, mais des formes de la tradition nganga subsistent. Les minkisi anciens sont aujourd'hui très présents dans les collections muséales occidentales, un sujet de débats actuels sur la restitution du patrimoine africain.
Notes
Le terme 'nkisi' a été traduit de façon simpliste par 'fétiche' dans une bonne partie de la littérature coloniale, un vocabulaire aujourd'hui reconnu comme réducteur et à éviter : le nkisi n'est pas un objet magique isolé mais l'aboutissement d'un processus rituel complexe encadré par le nganga.
Sources
- MacGaffey, W. (1986). Religion and Society in Central Africa: The BaKongo of Lower Zaire
- MacGaffey, W. (1993). Astonishment and Power: The Eyes of Understanding