Buda

Créature

peuples des hautes terres éthiopiennes (Amhara, autres)

Croyance répandue dans les hautes terres éthiopiennes selon laquelle certaines personnes, souvent des artisans du fer ou de la poterie, possèdent un mauvais œil leur permettant de se transformer en hyène la nuit et de nuire à autrui, en particulier aux enfants.

  • mauvais œil
  • métamorphose
  • artisanat marginalisé

En détail

Dans les hautes terres chrétiennes d'Éthiopie et d'Érythrée, le mot buda désigne à la fois un pouvoir, celui du mauvais œil, et les personnes qui sont censées le détenir. Ce n'est pas une créature isolée que l'on croiserait au détour d'un conte : c'est une catégorie sociale. Chez les Amhara du Manz, dans l'ancienne province du Choa, où l'anthropologue Ronald Reminick a enquêté au début des années 1970, les buda sont des artisans sans terre, potiers, forgerons et tisserands, installés dans des villages séparés. On les appelle aussi tayb, un terme dérivé du mot « artisan » et associé à l'idée d'habileté ; pour ses informateurs, tayb et buda étaient synonymes. On naît buda par la lignée du père ou de la mère, on ne le devient pas.

Le buda est censé « manger » ses victimes. Son regard, porté par l'envie, provoque la maladie ou la mort, et les plus exposés sont ceux qui attirent l'attention : les gens prospères, les beaux enfants, quiconque montre de l'inquiétude en sa présence. La nuit, il peut prendre la forme d'une hyène pour attaquer sans être reconnu ; d'après les récits recueillis par Reminick, il se roule pour cela dans la cendre du foyer, puis refait le même geste pour redevenir humain. Une fois la victime enterrée, il viendrait l'exhumer pour en faire un serviteur muet, qu'il change en jarre quand des visiteurs se présentent. Des récits d'origine rattachent ce pouvoir au diable, ou racontent que ce sont des artisans habiles qui forgèrent les clous de la crucifixion. Pour se protéger, on recourt aux amulettes et aux conseils d'un dabtara, clerc non ordonné de l'Église orthodoxe, ou à de petits gestes quotidiens comme cracher discrètement pour détourner un regard jugé dangereux.

L'archéologue Niall Finneran, qui a travaillé autour d'Aksoum au milieu des années 1990, a montré que ces soupçons suivent de près le travail du fer : transformer la matière par le feu passe pour une puissance qui n'appartient pas tout à fait au monde ordinaire. Les Beta Israel, les Juifs d'Éthiopie, longtemps cantonnés à la forge et à la poterie, ont eux aussi été accusés d'être buda, et Hagar Salamon a intitulé son étude de leur place dans l'Éthiopie chrétienne The Hyena People, « le peuple hyène ». Reminick lisait la croyance comme une projection : l'envie née entre frères qui se disputent un héritage foncier inégal serait reportée sur un groupe extérieur. Ces interprétations divergent, mais toutes rappellent que l'accusation de buda a justifié l'exclusion, le refus de mariage et parfois la violence envers des familles bien réelles.

Attributs

  • transformation en hyène
  • regard

Culte contemporain

La stigmatisation sociale des artisans (forgerons, potiers) associée à cette croyance reste documentée dans certaines régions rurales éthiopiennes contemporaines.

Notes

Cette croyance a eu des conséquences sociales réelles et documentées de marginalisation de certaines castes artisanales ; à traiter avec prudence descriptive plutôt que comme simple curiosité folklorique.

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Sources

  • Reminick, R.A. (1974). The evil eye belief among the Amhara of Ethiopia
  • Finneran, N. (2003). Ethiopian evil eye belief and the magical symbolism of iron working
  • Salamon, H. (1999). The Hyena People: Ethiopian Jews in Christian Ethiopia

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