Kabalega
HérosAussi connu·e sous : Kabarega, Chwa II Kabalega, Kabarega Chwa II
Banyoro (Bunyoro-Kitara, Ouganda)
Kabalega, ou Kabarega, qui régna sous le nom de Chwa II, fut l'omukama (roi) du Bunyoro-Kitara, dans l'ouest de l'actuel Ouganda, de 1870 à la fin des années 1890. Il réforma l'armée et mena pendant plusieurs années une guerre contre les Britanniques et leurs alliés ganda, avant d'être capturé en 1899 et exilé aux Seychelles. Il appartenait à la dynastie biito, que la tradition nyoro fait succéder aux Chwezi.
- royauté
- guerre
- résistance à la colonisation
En détail
Les Banyoro font remonter leur royauté à une succession de dynasties : après les Chwezi, êtres que la tradition dit avoir régné puis disparu, vient Rukidi Mpugu, premier roi de la lignée des Babito, ou Biito. La liste recueillie par le missionnaire John Roscoe au début du XXe siècle place Kabarega Chwa II au vingt et unième rang de cette lignée, fils de Kamurasi et de Kanyangi, du clan des Bayagi. Selon l'historien Richard Reid, il hérita d'un royaume en déclin, qui avait perdu du terrain face au Buganda voisin.
Sa montée sur le trône suivit la vieille règle de la guerre entre princes. À la mort de Kamurasi, en 1869, il affronta son frère aîné Kabigumire, soutenu par la noblesse, alors que lui-même s'appuyait surtout sur l'armée et la paysannerie. Roscoe raconte que la guerre dura près d'un an, que la mère de son rival fut tuée et Kabigumire abattu à Lukindo, et voit en lui le dernier roi à avoir conquis le trône de cette manière. Il décrit aussi le rite de son intronisation : un jeune frère, placé un moment sur le trône, était ensuite étranglé par le grand dignitaire Bamuroga, pour tromper la mort et détourner d'elle le véritable roi. Une fois au pouvoir, Kabalega s'appuya sur la force militaire, chercha à réduire le poids des grandes familles de chefs et tira profit du commerce de l'ivoire et des esclaves, selon Reid, qui souligne l'ampleur de ses réformes militaires.
L'arrivée de la Compagnie britannique d'Afrique orientale au Buganda, en 1890, ouvrit le conflit. Lugard reconnut Kasagama comme souverain du Toro, que le Bunyoro perdit. Le commissaire Henry Colvile, dans son propre récit, dit avoir annoncé aux chefs ganda, le 4 décembre 1893, son intention d'attaquer Kabarega avec le concours de leur armée. Chassé de sa capitale, Kabalega mena pendant plusieurs années une guerre de harcèlement. Le kabaka Mwanga, entré en rébellion en 1897, le rejoignit, et les deux rois furent capturés ensemble. Roscoe rapporte que Kabalega ne se rendit qu'une fois le bras droit brisé, qu'il refusa l'amputation et tenta de se laisser mourir, selon la coutume de ses ancêtres, en faisant arracher ses pansements. Exilé aux Seychelles, il vit les Britanniques installer à sa place son fils Kitahimbwa, puis un autre fils, Andereya Duhaga. Il mourut en 1923.
Son rapport aux Chwezi tient d'abord à la place de sa dynastie dans l'histoire nyoro : les Biito tiraient leur légitimité de leur succession aux Chwezi, dont les médiums, les bandwa, continuaient de transmettre la parole. Roscoe décrit ces esprits, dont Wamala, comme des êtres immortels consultés surtout par les éleveurs, et note que certains en faisaient une ancienne dynastie. Les relations entre rois et médiums n'avaient rien de figé : selon Shane Doyle, le culte de Nyinamwiru, l'une des figures chwezi, s'éteignit presque lorsque sa médium soutint en 1852 le roi Rwakabale contre Kamurasi, le père de Kabalega, et perdit tout crédit avec la victoire de celui-ci. Doyle met plus largement en garde contre l'idée d'un culte chwezi uniforme, tantôt pilier, tantôt adversaire de la royauté. Roscoe recueillit enfin une tradition selon laquelle les rois défunts venaient la nuit visiter le roi vivant, jusqu'à ce que Kabarega introduise les fusils, dont le bruit les effraya.
Attributs
- armée permanente armée de fusils
- trône royal du Kitara
- bras droit perdu lors de sa capture
Généalogie
- Entités liées
- Chwezi
Culte contemporain
Kabalega est aujourd'hui célébré comme héros de la résistance en Ouganda. Il repose aux tombeaux royaux de Mparo, près de Hoima, lieu de mémoire du royaume du Bunyoro-Kitara (informations issues de la presse ougandaise et de Wikipédia, sans source académique).
Notes
Les dates varient : Reid fait régner Kabalega de 1870 à 1898 (année où les Britanniques installent son fils), et Roscoe fait mourir Kamurasi en 1870 plutôt qu'en 1869. La date de capture du 9 avril 1899, le nom de l'armée permanente (abarusura), sa défaite infligée à Samuel Baker en 1872, sa mort à Jinja et sa proclamation comme héros national en 2009 ne sont attestés que par Wikipédia et la presse. Roscoe et Colvile écrivent du point de vue colonial : Roscoe impute à Kabarega la ruine des troupeaux causée par la guerre de conquête britannique. L'épisode de Nyinamwiru ne repose que sur l'article de Doyle. Le nom de règne Chwa reprend celui d'un roi biito antérieur (Chwa I) et ne doit pas être confondu avec le nom des Chwezi.
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Sources
- Reid, R. (2011). Kabalega (Kabarega) of Bunyoro (ca. 1853-1923), in The Encyclopedia of War
- Roscoe, J. (1923). The Bakitara or Banyoro: The First Part of the Report of the Mackie Ethnological Expedition to Central Africa
- Colvile, H. (1895). The Land of the Nile Springs, Being Chiefly an Account of How We Fought Kabarega
- Doyle, S. (2007). The Cwezi-Kubandwa Debate: Gender, Hegemony and Pre-Colonial Religion in Bunyoro, Western Uganda, Africa, 77 (4)