Nyikang
HérosShilluk
Fondateur divin légendaire du royaume shilluk sur les rives du Nil Blanc (Soudan du Sud), dont l'esprit est censé habiter chaque roi (reth) successif après une cérémonie d'investiture spécifique, incarnant la continuité de la royauté sacrée shilluk.
- royauté sacrée
- fondation dynastique
- continuité spirituelle
En détail
Nyikang est le héros fondateur des Shilluk (qui se nomment eux-mêmes Chollo), peuple établi sur la rive occidentale du Nil Blanc, dans l'actuel Soudan du Sud. Il a conduit leurs ancêtres jusqu'à ce pays, organisé leur société, puis disparu sans mourir. Depuis, il est présent en chaque reth, le roi shilluk, ce qui fait de lui la clé de voûte de toute leur royauté.
Les récits le disent fils d'un roi dont le père était descendu du ciel, et de Nyakaya, un être du fleuve souvent décrit comme une femme-crocodile, toujours honorée comme une puissance du Nil. Écarté de la succession au profit de son demi-frère Duwat, Nyikang part avec ses partisans ; au bord d'un fleuve, Duwat lui lance un bâton à fouir pour qu'il creuse les tombes de ses gens, et Nyikang répond qu'il s'en servira pour cultiver et faire vivre son peuple. Suivent les épisodes de la migration : les démêlés avec son fils turbulent Dak, la victoire sur le Soleil qu'il brûle avec des roseaux mouillés, puis l'arrivée dans le pays shilluk, où il attribue une place et une fonction rituelle à chaque groupe qu'il rencontre. Lors d'une fête à Akurwa, il disparaît enfin dans un tourbillon de vent. Les Shilluk affirment qu'il n'est pas mort : il se manifeste dans les animaux au comportement inhabituel, dans ses nombreux sanctuaires et dans une effigie de bois d'ambatch conservée à Akurwa, au nord de la capitale royale, Fashoda (Pachodo en shilluk).
L'investiture du reth, décrite en détail par Howell et Thomson en 1946 puis commentée par Evans-Pritchard, met en scène cette présence. À la mort d'un roi, l'effigie de Nyikang est détruite, puis refaite. Elle marche ensuite depuis le nord, avec celle de Dak, à la tête d'une armée qui affronte au bord d'une rivière les partisans du roi élu, venus du sud. Les gens de Nyikang l'emportent et emmènent le roi élu captif à Fashoda. Là, on place l'effigie sur le siège royal, puis on la remplace par le roi élu, qui se met à trembler : l'esprit de Nyikang est passé en lui. Quelques jours plus tard, un second simulacre de combat tourne à l'avantage du roi, qui prouve ainsi qu'il est désormais le vrai Nyikang, et les effigies regagnent leur sanctuaire. Evans-Pritchard résumait la séquence d'une formule : dans ce rite, « la royauté capture le roi ».
Ce cas a pesé lourd dans l'histoire de l'anthropologie. James Frazer y voyait un exemple de roi divin mis à mort quand ses forces déclinent ; Evans-Pritchard, dans sa conférence de 1948, a distingué la charge éternelle, incarnée par Nyikang, de la personne mortelle du roi, et douté de la réalité des régicides rituels. David Graeber est revenu sur le dossier en 2011 pour souligner la part de violence et de conflit que ces récits et ces rites mettent en scène entre le roi et ses sujets.
Notes
Le système de royauté shilluk, où le roi vivant est censé être habité par l'esprit de Nyikang, a été l'un des cas fondateurs de la théorie anthropologique de la 'royauté divine' développée par Frazer puis nuancée par Evans-Pritchard.
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Sources
- Evans-Pritchard, E.E. (1948). The Divine Kingship of the Shilluk of the Nilotic Sudan
- Lienhardt, G. (1954). The Shilluk of the Upper Nile
- Graeber, D. (2011). The divine kingship of the Shilluk: On violence, utopia, and the human condition