Le mythe d'Abuk et Garang
RécitDinka
Récit cosmogonique dinka narrant la création du premier homme (Garang) et de la première femme (Abuk), et la séparation originelle entre le ciel et la terre provoquée par une transgression, expliquant la condition mortelle de l'humanité.
- création
- origine humaine
- séparation ciel-terre
En détail
Chez les Dinka du Soudan du Sud, peuple d'éleveurs installé dans les plaines du Nil, le récit d'Abuk et de Garang explique pourquoi Dieu, que les Dinka appellent Nhialic et que l'anthropologue Godfrey Lienhardt traduit par « Divinité », est si loin des hommes. Il raconte le moment où le ciel et la terre se sont séparés, et avec lui l'entrée dans la condition humaine telle que les Dinka la connaissent : le travail, la faim, la maladie et la mort.
Dans la version que Lienhardt a publiée en 1961, le ciel reposait au départ juste au-dessus de la terre, et une corde reliait les deux. Les hommes pouvaient y grimper à volonté pour rejoindre la Divinité, et la mort n'existait pas. Chaque jour, la Divinité accordait au premier homme et à la première femme, le plus souvent appelés Garang et Abuk, un seul grain de mil, qui suffisait à les nourrir ; il leur était interdit d'en cultiver ou d'en piler davantage, et ils devaient veiller, en plantant ou en pilant, à ne pas heurter la Divinité toute proche. Un jour, la femme, « parce qu'elle était avide », voulut planter (ou piler, selon les versions) plus que le grain permis. Elle prit pour cela une des houes (ou un des pilons) à long manche qu'emploient aujourd'hui les Dinka, et en levant l'outil elle frappa la Divinité. Offensée, celle-ci se retira à la distance où elle se trouve aujourd'hui et envoya un petit oiseau bleu, couleur du ciel, appelé atoc, trancher la corde. Depuis, disent les Dinka, le pays est « gâté ».
Lienhardt souligne que les Dinka jugent avec indulgence l'« avidité » d'Abuk : dans certaines versions, elle a besoin de plus de grain parce qu'elle a des enfants à nourrir, si bien que la naissance, le travail et la mort arrivent ensemble. D'autres récits, rapportés par des ouvrages de référence, disent que le créateur façonna les deux premiers humains dans l'argile, tout petits, et les plaça dans un pot où ils grandirent. Abuk n'est pas seulement un personnage de mythe : elle compte parmi les principales « divinités libres » décrites par Lienhardt, aux côtés de Deng, de Garang et de Macardit, et elle est particulièrement liée aux femmes et aux cultures. Certaines traditions font d'elle la mère de Deng, d'autres donnent ce dernier pour fils de Nhialic.
Les Nuer voisins racontent une histoire proche, recueillie par Evans-Pritchard : une corde reliait aussi le ciel et la terre, mais c'est une hyène, parfois accompagnée d'un oiseau tisserin, qui la coupa (voir Kwoth). Des récits comparables, où un geste humain éloigne un dieu d'abord tout proche, existent dans d'autres régions d'Afrique, et le rapprochement avec la chute d'Adam et Ève a souvent été fait ; il ne doit pas masquer que le récit dinka ne parle ni de faute morale au sens chrétien ni de châtiment éternel, mais d'une distance devenue la condition ordinaire de la vie.
Généalogie
- Entités liées
- Nhialic
Notes
Le récit existe en plusieurs variantes selon les groupes dinka ; le rôle exact d'Abuk (parfois pilonnant le grain trop près du ciel, provoquant sa rupture avec la terre) varie d'une version à l'autre.
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Sources
- Lienhardt, G. (1961). Divinity and Experience: The Religion of the Dinka
- Deng, F.M. (1972). The Dinka of the Sudan