Tin Hinan
HérosTouareg
Reine et ancêtre fondatrice légendaire du peuple touareg, dont la tombe monumentale découverte à Abalessa (Algérie) en 1925 a alimenté un mythe fondateur de migration depuis le Maroc jusqu'au Hoggar, où elle aurait fondé la lignée des chefs touareg.
- migration
- fondation matriarcale
- royauté
En détail
Tin Hinan est l'ancêtre fondatrice que les Touareg du Hoggar (Kel Ahaggar), dans le sud de l'actuelle Algérie, placent à l'origine de leur noblesse. Son nom, ou plutôt son surnom, se traduit par « celle des tentes ». Les Kel Rela, tribu dont sont issus depuis le 18e siècle les amenokal, chefs suprêmes de la confédération, se disent ses descendants : raconter son histoire, c'est donc aussi dire qui détient le rang et le pouvoir dans la société touareg de l'Ahaggar.
La version la plus répandue de la tradition, rapportée par Gabriel Camps, la fait venir du Tafilalet, dans le sud-est du Maroc, en compagnie d'une servante nommée Takamat. Arrivées dans un pays presque vide, les deux femmes auraient survécu grâce à Takamat, qui trouva des provisions de grain en fouillant des fourmilières, avant de s'établir à Abalessa. Tin Hinan y eut une fille, Kella, dont descendent les Kel Rela ; les deux filles de Takamat donnèrent naissance aux Ihadanaren, aux Dag Rali et aux Aït Loayen. Dans une autre variante, Tin Hinan a trois filles aux noms d'animaux (l'antilope, la gazelle, la hase), ancêtres de trois tribus. Ces récits fixent une hiérarchie entre groupes nobles et groupes de rang second, à travers une filiation par les femmes.
Sur une colline dominant l'oued Abalessa, un tumulus que la tradition a toujours tenu pour le tombeau de Tin Hinan cache une construction de onze salles, unique au Sahara. Fouillé en 1925 par une mission franco-américaine menée par Byron Khun de Prorok, puis par Maurice Reygasse, il a livré le squelette d'une femme étendue sur un lit de bois, parée de bracelets d'or et d'argent, avec un mobilier comprenant l'empreinte d'une monnaie de l'empereur Constantin, frappée entre 308 et 324. Le bois du lit a été daté par le carbone 14 d'environ 470 de notre ère, avec une marge d'incertitude large, et l'ensemble est généralement placé aux 4e et 5e siècles. Le squelette et le mobilier sont conservés au musée du Bardo, à Alger.
Rien ne permet d'affirmer que la femme d'Abalessa soit la Tin Hinan de la tradition : la tombe est bien réelle, l'identification relève du récit. Plusieurs chercheurs, dont Camps, considèrent que certains éléments de la légende, comme l'origine marocaine et la qualité de musulmane attribuée à l'ancêtre, sont des ajouts plus tardifs destinés à rehausser le prestige de la lignée. Aujourd'hui, Tin Hinan est devenue une figure emblématique au-delà du Hoggar, invoquée dans les discours sur la place des femmes dans la société touareg et sur l'histoire amazighe.
Attributs
- tombeau monumental d'Abalessa
- bijoux et objets funéraires retrouvés en 1925
Généalogie
- Entités liées
- Dihya
Culte contemporain
Figure toujours centrale à l'identité culturelle touareg contemporaine, notamment dans les récits de filiation matrilinéaire de plusieurs confédérations touareg.
Notes
L'archéologie a confirmé l'existence historique d'une tombe royale monumentale à Abalessa datée d'environ le 4e siècle apr. J.-C., mais l'identification précise de son occupante avec la Tin Hinan légendaire relève de la tradition orale plutôt que d'une preuve archéologique directe.
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Sources
- Reygasse, M. (1950). Monuments funéraires préislamiques de l'Afrique du Nord
- Keenan, J. (2013). The Tuareg: People of Ahaggar
- Camps, G. (1974). L'âge du tombeau de Tin Hinan, ancêtre des Touareg du Hoggar. Zephyrus, XXV