Baal Hammon

Divinité

Puniques (Carthage)

Dieu suprême du panthéon punique carthaginois, associé à la fertilité agricole et à la royauté céleste, parèdre de Tanit. Son culte impliquait, selon des sources contestées, des sacrifices d'enfants dans certaines circonstances exceptionnelles.

  • fertilité agricole
  • royauté céleste
  • protection de la cité

En détail

Baal Hammon est le grand dieu de Carthage et des cités puniques d'Afrique du Nord, un dieu de l'ordre du monde et de la fécondité des champs, maître des sanctuaires à ciel ouvert que les archéologues appellent tophet. Son culte n'est pas né en Afrique : la plus ancienne mention connue de son nom figure sur la stèle du roi Kulamuwa, à Zincirli, dans l'actuelle Turquie, vers 830-825 avant notre ère, où il apparaît comme protecteur d'une dynastie. Ce sont pourtant les colonies phéniciennes d'Occident, et Carthage avant tout, qui en ont fait une divinité de premier plan.

Le sens de son second nom reste discuté. Paolo Xella rapproche le terme ḥmn d'un mot désignant une sorte de chapelle ou de sanctuaire intime du dieu ; d'autres y ont vu un autel à encens, un brasero, ou le nom du mont Amanus, et il n'existe pas de consensus. On le représente en vieillard barbu, souvent assis sur un trône flanqué de sphinx, et le bélier lui est étroitement associé. Des milliers de stèles votives du tophet de Carthage portent une dédicace qui commence par « à la Dame, à Tanit face de Baal, et au Seigneur, à Baal Hammon ». Le fait que la déesse y soit nommée en premier traduirait l'importance prise par Tanit à Carthage à partir du 5e siècle avant notre ère ; ailleurs, comme à El-Hofra (Constantine), Baal Hammon garde la première place.

C'est à ces sanctuaires que s'attache la question la plus débattue de la religion punique. Des auteurs grecs et latins, souvent hostiles à Carthage, accusent les Carthaginois d'avoir sacrifié des enfants à leur dieu, que les Grecs appelaient Kronos. Les urnes contenant des restes d'enfants incinérés, retrouvées sous les stèles, sont lues par certains chercheurs comme la preuve de ces sacrifices, par d'autres comme les sépultures de nourrissons morts de causes naturelles ; le sens du terme punique mlk, qui qualifie certaines offrandes, est lui-même disputé.

Après la chute de Carthage en 146 avant notre ère, le dieu ne disparaît pas. Il devient le Saturne africain de l'époque romaine, honoré dans les mêmes lieux et par de nombreuses stèles votives ; Marcel Le Glay a montré comment ce culte a repris sans rupture les sanctuaires puniques tout en conservant des éléments d'origine libyco-berbère. Le codex présente aussi Tanit, sa parèdre, et Melqart et Eshmoun, les autres grands dieux venus de Phénicie.

Attributs

  • bélier
  • symbole du croissant et du disque

Généalogie

Conjoint·es
Tanit
Entités liées
Tanit, Élissa

Notes

La réalité, l'ampleur et la nature exacte des sacrifices d'enfants associés à son culte (tophet) restent débattues parmi les spécialistes, entre lecture littérale des sources antiques gréco-romaines (largement hostiles à Carthage) et interprétations alternatives (cimetières d'enfants morts prématurément plutôt que sacrifices systématiques).

Tags

Sources

  • Lipiński, E. (1995). Dieux et déesses de l'univers phénicien et punique
  • Xella, P. (2013). The Tophet in the Punic Mediterranean
  • Xella, P. (1991). Baal Hammon. Recherches sur l'identité et l'histoire d'un dieu phénico-punique
  • Le Glay, M. (1966). Saturne africain. Histoire
  • Bernardin, S. & Bron, F. (2024). Les stèles puniques de Carthage au musée du Louvre. Des offrandes à Tanit et à Baal Hammon

À lire aussi