Dodo
CréatureHausa
Figure de croquemitaine du folklore haoussa, utilisée traditionnellement pour dissuader les enfants de s'aventurer seuls hors du village ou de désobéir, sans apparence fixe précise, laissée à l'imagination de chaque conteur.
- peur enfantine
- discipline
- avertissement
En détail
Dans la langue haoussa, parlée par des dizaines de millions de personnes au Nigeria, au Niger et bien au-delà, dodo désigne un monstre, un ogre. C'est la créature la plus redoutée des contes (tatsuniyoyi) que l'on raconte le soir aux enfants : un être dévoreur d'hommes qui rôde dans la brousse, près des mares et des cours d'eau. Les parents l'invoquent aussi pour dissuader les petits de s'éloigner seuls du village ou de sortir à la nuit tombée.
Les conteurs adaptent son portrait à leur auditoire, mais certains traits reviennent souvent dans les recueils de l'époque coloniale, notamment celui de l'officier britannique A. J. N. Tremearne (1913). Le dodo y apparaît comme un géant d'allure humaine, couvert de longs cheveux, doté d'un odorat qui lui fait sentir la chair humaine de très loin et d'un appétit sans limite. Il peut prendre la forme d'un lion, d'un python ou d'autres grands animaux, mais l'eau courante lui barre souvent la route. Certains contes lui donnent une épouse, et plusieurs récits le montrent imposant un marché terrible à une jeune fille : être mangée ou l'épouser.
Le dodo n'est cependant pas invincible. Dans beaucoup de récits, un enfant rusé, une héroïne courageuse ou une aide surnaturelle finit par le vaincre, et le conte devient alors une leçon sur la prudence, l'obéissance ou la jalousie qui pousse à livrer un rival au monstre. Il faut le distinguer des iskoki, les esprits du culte de possession bori : ceux-ci sont des puissances que l'on honore et qui chevauchent leurs adeptes, tandis que le dodo reste une figure de récit et d'avertissement.
Le mot a voyagé avec les commerçants haoussa. Au Burkina Faso, des troupes de garçons masqués sortent pendant le ramadan pour danser le « dodo » de maison en maison, une tradition introduite au XIXe siècle par des marchands musulmans haoussa puis largement appropriée par la population locale. Dans le Nigeria contemporain, où l'islam domine, le dodo côtoie volontiers les djinns (aljanu) dans le vocabulaire de la peur, sans perdre sa place de croquemitaine des veillées.
Attributs
- apparence variable selon les récits
Sources
- Skinner, N. (1969). Hausa Tales and Traditions
- Besmer, F.E. (1983). Horses, Musicians, and Gods: The Hausa Cult of Possession-Trance
- Tremearne, A.J.N. (1913). Hausa Superstitions and Customs: An Introduction to the Folk-Lore and the Folk