Bayajidda

Héros

Hausa

Héros fondateur légendaire des États haoussa, venu d'Orient selon le récit, qui aurait tué le serpent Sarki bloquant l'accès au puits de la ville de Daura, épousant ensuite la reine locale. Leurs descendants auraient fondé les sept États haoussa historiques (Hausa Bakwai).

  • fondation dynastique
  • héroïsme
  • migration

En détail

Bayajidda est le héros fondateur que la tradition place à l'origine des cités-États haoussa, dans l'actuel nord du Nigeria et le sud du Niger. Son histoire, racontée surtout à Daura, explique d'un même geste l'origine de la royauté, la parenté entre les grandes villes haoussa et le rang de chacune. Aujourd'hui encore, elle sert de récit commun à un peuple qui n'a jamais formé un État unique, et on la cite dès qu'il est question de l'histoire ancienne du pays haoussa.

Selon la version la plus répandue, Bayajidda, de son vrai nom Abu Yazid, était un prince de Bagdad chassé par la guerre. Il passe d'abord par le Bornou, où il épouse Magira, fille du souverain, puis s'enfuit après un conflit avec son beau-père. À Gaya, des forgerons lui fabriquent un sabre. Il arrive enfin de nuit à Daura, alors gouvernée par une reine, Daurama, et demande de l'eau. On lui répond que le puits, Kusugu, est gardé par un serpent nommé Sarki qui ne laisse puiser qu'un jour par semaine. Bayajidda descend au puits, tue le serpent et garde sa tête comme preuve. Daurama, reconnaissante, l'épouse. Le détail n'est pas innocent : sarki signifie « roi » en haoussa, et en tuant le serpent de ce nom, l'étranger met fin au règne des reines et inaugure celui des rois. Le puits Kusugu est aujourd'hui encore montré aux visiteurs à Daura.

La généalogie qui suit fonde toute la géographie politique haoussa. De Daurama naît Bawo, dont les six fils règnent sur Daura, Kano, Katsina, Zazzau (Zaria), Gobir et Rano. Avec Biram, né de l'épouse bornouane, ils forment les Hausa Bakwai, les « sept (États) haoussa » légitimes. Un autre fils, Karbagari, né d'une concubine, est l'ancêtre des Banza Bakwai, les « sept bâtards » : Kebbi, Zamfara, Gwari, Jukun (Kwararafa), Nupe, Yauri et Ilorin. Cette classification, qui range parmi les « illégitimes » des peuples dont la langue n'est pas le haoussa, dit moins l'histoire réelle que la hiérarchie que les cités haoussa se donnaient vis-à-vis de leurs voisins.

Les historiens lisent le récit de plusieurs façons. W.K.R. Hallam a proposé de rapprocher le héros d'Abu Yazid, un chef kharidjite qui combattit les Fatimides en Ifriqiya (l'actuelle Tunisie) jusqu'à sa mort en 947 : le récit garderait le souvenir de ses partisans dispersés vers le sud et de leur arrivée au Sahel. D'autres y lisent la mémoire de l'arrivée de groupes venus de l'est, par le Bornou, et de leur alliance avec des pouvoirs locaux, ou encore la transition d'une autorité féminine à une royauté masculine. L'origine bagdadienne, elle, relève d'un procédé courant dans les traditions sahéliennes islamisées, qui rattachent les dynasties au cœur du monde musulman. Le forgeron de Gaya rappelle que, dans bien des récits de fondation ouest-africains, le pouvoir politique s'appuie sur la maîtrise du fer.

Attributs

  • épée
  • serpent Sarki vaincu

Généalogie

Entités liées
Amina de Zazzau

Culte contemporain

La légende reste centrale à l'identité politique et culturelle haoussa contemporaine au Nigeria et au Niger, invoquée dans la légitimation de plusieurs lignages émiraux.

Notes

Comme pour Sunjata ou Sonni Ali Ber, le récit mêle éléments historiques probables et structure narrative typique des mythes fondateurs : le héros étranger, le monstre vaincu, le mariage légitimant.

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Sources

  • Palmer, H.R. (1908). The Kano Chronicle
  • Smith, M.G. (1978). The Affairs of Daura
  • Hallam, W.K.R. (1966). The Bayajida Legend in Hausa Folklore. Journal of African History, 7(1)

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