Bori

Rite

Hausa

Religion de possession spirituelle hausa antérieure à l'islamisation, organisée autour d'un panthéon d'esprits (iskoki) incarnés par des adeptes en transe lors de cérémonies rythmées par le tambour, encore pratiquée aujourd'hui en marge de l'islam dominant.

  • possession spirituelle
  • guérison
  • transe

En détail

Le bori est un culte de possession des Haoussa, peuple du nord du Nigeria et du sud du Niger. Ses racines sont antérieures à l'islamisation de la région, et il a survécu à des siècles de domination musulmane en changeant de place plutôt qu'en disparaissant. Son principe est simple à énoncer : les esprits, appelés iskoki (singulier iska) ou aljanu, peuvent causer maladies et malheurs, mais ils peuvent aussi être apaisés et honorés en « montant » leurs adeptes, qui deviennent littéralement leurs chevaux pendant la transe.

Les esprits bori forment une véritable société, avec ses familles, ses rangs et sa géographie. La tradition les fait habiter une ville invisible, Jangare, dont le chef porte le titre de Sarkin Aljan, « roi des esprits ». On y trouve Sarkin Rafi, esprit des cours d'eau, Inna, figure maternelle souvent redoutée, ainsi que des esprits guerriers, chasseurs, étrangers ou musulmans. Beaucoup portent des titres empruntés à la cour des émirs, et le panthéon a continué d'accueillir de nouvelles figures au fil de l'histoire, y compris des personnages de l'époque coloniale. Chaque esprit a sa devise, ses rythmes, ses couleurs et ses gestes, que les musiciens jouent pour l'appeler et que l'adepte possédé reproduit.

La pratique est d'abord thérapeutique. Une personne frappée par une maladie tenace, une stérilité ou une détresse que l'on attribue à un esprit peut être initiée : elle apprend à recevoir celui-ci en contrôlant la transe, et l'esprit qui la tourmentait devient un allié. Les cérémonies réunissent joueurs de luth ou de calebasse, danseurs et public ; le Britannique A. J. N. Tremearne les a décrites dès 1914 à Tripoli et à Tunis, où des Haoussa déplacés par le commerce et l'esclavage avaient transplanté le culte.

Le bori a longtemps offert aux femmes, et à d'autres personnes en marge, un espace d'autorité rare dans une société islamisée et patriarcale : certaines y exercent des fonctions de responsabilité, sous des titres comme celui de magajiya. C'est aussi pourquoi il fait l'objet de critiques religieuses récurrentes. L'anthropologue Adeline Masquelier a montré, à propos d'une ville du Niger, comment le bori et l'islam s'y définissent l'un par rapport à l'autre : les réformistes musulmans le condamnent, mais nombre de fidèles continuent de recourir à ses guérisseurs, et les esprits eux-mêmes intègrent des figures musulmanes à leur univers.

Attributs

  • tambours
  • danse de transe
  • costumes spécifiques à chaque esprit incarné

Généalogie

Entités liées
Zar

Culte contemporain

Pratiqué au Niger et au nord du Nigeria, souvent par des femmes et des personnes marginalisées, en dehors ou en marge des structures islamiques dominantes ; a également voyagé via la diaspora haoussa jusqu'en Afrique du Nord et en Libye.

Notes

Le bori occupe une position sociale ambivalente dans les sociétés haoussa islamisées : toléré comme pratique de guérison tout en étant théologiquement marginalisé par l'islam orthodoxe local.

Tags

Sources

  • Onwuejeogwu, M. (1969). The Cult of the Bori Spirits among the Hausa
  • Besmer, F.E. (1983). Horses, Musicians, and Gods: The Hausa Cult of Possession-Trance
  • Tremearne, A.J.N. (1914). The Ban of the Bori: Demons and Demon-Dancing in West and North Africa
  • Masquelier, A. (2001). Prayer Has Spoiled Everything: Possession, Power, and Identity in an Islamic Town of Niger

À lire aussi