Baron Samedi
DivinitéAussi connu·e sous : Bawon Samdi
Haïtiens (vodou)
Loa vodou haïtien de la mort, gardien des cimetières et chef de la famille des Guédé (esprits des morts), connu pour son humour noir et son irrévérence face à la mortalité.
- mort
- cimetières
- humour
- transgression
En détail
Baron Samedi (Bawon Samdi en créole) est l'un des lwa les plus connus du vodou haïtien, la religion qui s'est formée dans la colonie française de Saint-Domingue à partir des cultes apportés par les captifs du golfe du Bénin et d'Afrique centrale. Il règne sur les cimetières et sur le passage de la vie à la mort, à la tête des Guédé, la grande famille des esprits des morts. Tout ce qui touche aux funérailles, aux tombes et au sort des défunts relève de son autorité, ce qui en fait une présence incontournable dans la vie religieuse haïtienne.
Cette autorité est inscrite dans le paysage même des cimetières. Selon une croyance largement répandue, le premier homme enterré dans un nouveau cimetière devient une manifestation du Baron, et la croix qui domine sa tombe, la kwa Bawon, sert de lieu de prière et d'offrandes ; la première femme inhumée est associée de la même façon à Grann Brigitte, sa compagne. Le Baron n'est pas toujours pensé comme un individu unique : Baron Cimetière, Baron La Croix et Baron Samedi sont souvent traités comme des visages d'une même puissance funéraire. En possession, on le reconnaît à son chapeau haut-de-forme, à son habit noir de croque-mort, à ses lunettes et au rhum pimenté qu'il réclame.
Les Guédé qu'il commande sont célèbres pour leur langage cru, leurs plaisanteries sexuelles et leurs danses suggestives. Leur grande fête, la Fèt Gede, a lieu les 1er et 2 novembre, en même temps que la Toussaint et le jour des morts catholiques, et les cimetières se remplissent alors de pratiquants venus saluer leurs défunts. Plusieurs auteurs lisent cette irrévérence comme une manière collective d'apprivoiser la peur de la mort dans une société façonnée par l'esclavage, puis par la guerre d'indépendance. Les Guédé sont aussi des guérisseurs : on les prie en particulier pour un enfant malade, car on dit qu'ils ne prennent personne avant son heure.
Grann Brigitte pose une question d'origine souvent discutée. Son association avec sainte Brigitte d'Irlande a conduit certains auteurs à y voir l'apport de travailleurs irlandais présents dans les Antilles coloniales, ce qui ferait d'elle la seule figure majeure des Guédé venue d'Europe ; l'hypothèse reste peu documentée. Hors d'Haïti, le Baron a surtout été connu par le cinéma, notamment le film de James Bond Vivre et laisser mourir (1973), qui en a fait un personnage menaçant très éloigné du lwa facétieux et protecteur que servent les pratiquants.
Attributs
- chapeau haut-de-forme
- habit noir de deuil
- lunettes de soleil sans verres
- rhum pimenté
Généalogie
- Entités liées
- Vodou haïtien, Gede
Culte contemporain
Figure toujours centrale des cérémonies Guédé, célébrées notamment autour de la Toussaint dans le vodou haïtien contemporain.
Tags
Sources
- Métraux, A. (1958). Le Vaudou haïtien
- Hurbon, L. (1995). Voodoo: Search for the Spirit