Abakuá
RiteCubains
Société secrète masculine afro-cubaine dérivée de la société léopard Ekpe/Ngbe du sud-est du Nigeria et du Cameroun (région du fleuve Cross), transmise à Cuba par des personnes réduites en esclavage originaires de cette région, structurée en loges (juegos) transmettant un savoir initiatique gradué.
- initiation masculine
- savoir secret
- fraternité
En détail
L'Abakuá est une confrérie initiatique masculine afro-cubaine, fondée en 1836 à Regla, de l'autre côté de la baie de La Havane. Ses fondateurs étaient des Africains originaires de la région du fleuve Cross, entre le sud-est de l'actuel Nigeria et le sud-ouest du Cameroun, où la société du léopard, appelée Ékpè chez les Efik et Ngbè chez les Ejagham, régissait la vie politique et judiciaire des villages. La première loge prit le nom d'Efik Butón, d'après une localité de Calabar. Rares sont les institutions africaines dont on peut suivre aussi nettement le passage d'une rive à l'autre de l'Atlantique.
Chaque loge, appelée potencia ou juego, reproduit une hiérarchie de titres hérités de l'Ékpè (Iyamba, Mokongo, Isué, entre autres). Le mythe fondateur raconte comment Sikán, une femme, trouva dans la rivière le poisson Tanze, dont la voix portait la puissance divine. Cette voix est reproduite par l'Ekué, un tambour à friction que seuls les initiés approchent et qui reste caché pendant les cérémonies. Les espaces rituels sont préparés par des signes tracés à la craie, les anaforuanas. En public apparaissent les íremes, danseurs entièrement masqués sous un costume à motif de damier surmonté d'une coiffe conique, qui figurent les morts revenus parmi les vivants ; à l'époque coloniale, ils défilaient notamment le jour des Rois.
L'Abakuá s'étendit rapidement à La Havane, Matanzas et Cárdenas, trois villes portuaires où ses membres tenaient une grande part du travail de débardage, et se divisa en deux branches, efí et efó. Réservée d'abord aux Noirs, elle s'ouvrit aux Blancs et aux métis dès les années 1860 : le 24 décembre 1863, Andrés Petit, également connu comme fondateur de la branche kimbisa du palo, créa à Guanabacoa une loge pour eux, nommée Bakokó. Le nom de ñáñigo, longtemps donné aux membres, finit par être associé à la criminalité dans la société cubaine, d'où la préférence actuelle pour le terme Abakuá. On comptait encore environ cent cinquante loges à Cuba au milieu des années 2010.
Les chants abakuá, en une langue rituelle dérivée des langues du Cross, ont nourri la rumba et d'autres genres populaires cubains. C'est à partir de ces chants que l'historien Ivor Miller a pu montrer la précision de la filiation : en 2004, présentés à des dignitaires de l'Ékpè à Calabar, ils ont été reconnus, et des musiciens abakuá cubains ont ensuite participé au festival international de l'Ékpè dans cette même ville. Pour d'autres sociétés d'initiation africaines, voir dans le codex le Poro ou le Komo, et pour les masques qui rendent présents les morts, l'Egungun des Yoruba.
Généalogie
- Entités liées
- Santería (Regla de Ocha)
Culte contemporain
Reste active à Cuba contemporaine, avec une influence marquée sur la musique populaire cubaine (rumba notamment) et une reconnaissance culturelle croissante malgré une histoire de marginalisation sociale.
Notes
L'existence de l'Abakuá cubain constitue l'un des cas les mieux documentés de transmission directe et continue d'une institution sociale ouest-africaine précise (l'Ekpe) vers les Amériques, plutôt qu'une simple survivance diffuse de motifs culturels.
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Sources
- Miller, I. (2009). Voice of the Leopard: African Secret Societies and Cuba
- Ortiz, F. (1954). Los bailes y el teatro de los negros en el folklore de Cuba