La Reine de la pluie (Modjadji)

Héros

Lobedu (Balobedu)

Titre porté par une lignée ininterrompue de reines lobedu réputées capables de contrôler la pluie, en Afrique du Sud. La dynastie, toujours active aujourd'hui, aurait pour origine légendaire une princesse ayant fui le royaume karanga avec des secrets rituels de fabrication de la pluie.

  • pluie
  • royauté féminine
  • secret rituel

En détail

Modjadji est le titre des reines des Lobedu (Balobedu), un peuple du Limpopo, dans le nord-est de l'Afrique du Sud. Depuis le début du 19e siècle, la souveraineté y est détenue par une femme dont la fonction première est de faire venir la pluie sur le pays. Dans une région où l'agriculture dépend de saisons des pluies capricieuses, ce pouvoir rituel fonde l'autorité politique : les chefferies voisines envoyaient autrefois des délégations et des présents à la reine pour obtenir la pluie, bien au delà des frontières du royaume.

La tradition fait venir les ancêtres de la dynastie du monde karanga, dans l'actuel Zimbabwe. Une princesse, Dzugudini, aurait fui le royaume de son père en emportant les charmes de pluie et se serait installée dans la vallée de la Molototsi. Le récit de fondation passe ensuite par une union incestueuse : un souverain de la lignée, pour mettre fin aux rivalités entre ses fils, aurait eu de sa propre fille un enfant, Maselekwane, qui devint vers 1800 la première Modjadji. Six reines se sont succédé depuis ; la dernière à avoir régné pleinement, Makobo Modjadji VI, est morte en 2005 à vingt-sept ans, et la succession a depuis été marquée par une longue régence puis par un conflit entre la princesse Masalanabo et un prétendant masculin, Lekukela.

L'étude d'Eileen et Jack Krige, fondée sur une enquête menée dans les années 1930, a montré combien la reine était le centre d'un réseau d'alliances. Elle ne prend pas d'époux, mais reçoit des « épouses » que lui confient des familles et des chefs de district. Certaines sont ensuite données en mariage à des conseillers, des parents ou des chefs locaux ; d'autres restent à la cour et ont des enfants avec des partenaires désignés, qui appellent la reine « père ». Offrir une jeune femme à Modjadji revenait à lier durablement sa lignée à la maison royale, si bien que des familles d'origine étrangère se trouvaient plus proches de la reine que certains Lobedu eux-mêmes. Le père des héritières était lui aussi choisi par le conseil royal, autrefois parmi les proches parents de la reine, afin que la succession reste dans la dynastie.

La figure a très tôt nourri l'imaginaire européen. On voit souvent dans la reine lobedu l'une des inspirations de la souveraine immortelle du roman She de H. Rider Haggard (1887), rapprochement qui en dit plus sur les fantasmes coloniaux d'une « reine blanche » cachée en Afrique que sur l'institution réelle. Celle-ci relève d'une logique politique et rituelle précise, que l'on retrouve ailleurs dans la région, où la maîtrise de la pluie est souvent l'attribut du pouvoir souverain.

Attributs

  • secrets rituels de fabrication de la pluie
  • transmission matrilinéaire du titre

Culte contemporain

La dynastie Modjadji reste active en Afrique du Sud contemporaine, ayant inspiré (de façon largement romancée) le personnage d'Ayesha dans le roman 'She' de H. Rider Haggard.

Notes

La figure a été largement exotisée et romancée par la littérature coloniale britannique du 19e siècle ; la réalité politique et rituelle de la dynastie mérite d'être distinguée de ses réappropriations littéraires occidentales.

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Sources

  • Krige, E.J. & Krige, J.D. (1943). The Realm of a Rain-Queen
  • Hammond-Tooke, W.D. (1989). Rituals and Medicines: Indigenous Healing in South Africa

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