Le mythe de la création selon les Kuba
RécitKuba
Récit cosmogonique kuba où le dieu Bumba, seul dans les ténèbres et souffrant de maux d'estomac, vomit successivement le soleil, la lune et les étoiles, puis neuf animaux qui deviennent les ancêtres de toutes les espèces, dont l'humanité.
- création
- cosmos
- origine des espèces
En détail
Ce récit est le mythe de création des Bushongo, le groupe qui fournissait les rois du royaume kuba, dans le centre de l'actuelle République démocratique du Congo. Il est devenu l'un des mythes africains les plus cités dans les anthologies comparées, en raison de son image initiale : un dieu qui fait naître le monde en le vomissant. Mais le récit va plus loin qu'un acte fondateur spectaculaire ; il ordonne le monde par étapes et explique plusieurs réalités de la vie quotidienne.
Tout commence dans l'obscurité, sur une étendue d'eau sans limite. Bumba, seul, est pris de douleurs et rejette le soleil ; la chaleur fait reculer les eaux, et la terre sèche apparaît. La lune et les étoiles suivent, puis neuf animaux, du léopard à la chèvre, et enfin les hommes. Toutes les espèces descendent de ces premiers êtres, ce qui revient à dire que tout le vivant sort du corps du créateur. Les fils de Bumba tentent ensuite de compléter l'ouvrage : l'un y laisse la vie en créant les fourmis blanches, un autre fait pousser la première plante, le troisième ne réussit qu'un oiseau de proie.
La fin du mythe règle la cohabitation. Tsetse, l'éclair, sème la destruction ; Bumba la relègue au ciel, mais les hommes perdent du même coup le feu, et le dieu leur apprend à le tirer du bois. Il se retire ensuite, laissant sur terre Loko Yima, un homme qui lui ressemble. Le récit rend ainsi compte de l'origine de la foudre, de la technique du feu et de l'absence du créateur, trois questions qu'on retrouve dans bien d'autres mythes d'Afrique centrale.
La version connue a été recueillie par Emil Torday, qui séjourna à la cour kuba à la fin des années 1900 et publia ses résultats avec Thomas Joyce en 1910 ; elle a été largement diffusée ensuite par des recueils comme celui de Barbara Sproul (1979). Les noms des créatures varient d'une retranscription à l'autre, et l'on ignore quelle place tenait ce récit dans la pensée religieuse kuba, qui s'exprimait aussi à travers les rites royaux (voir la fiche sur le Nyim, la royauté sacrée kuba). L'ouverture sur des ténèbres et des eaux primordiales rapproche ce mythe d'autres cosmogonies, dont celle des Fang, sans qu'il faille y voir une origine commune.
Généalogie
Notes
Comme beaucoup de mythes de création collectés au début du 20e siècle par des ethnographes coloniaux, la mise en récit disponible aujourd'hui doit être lue avec conscience du filtre de transcription et de traduction de l'époque.
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Sources
- Torday, E. & Joyce, T.A. (1910). Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba
- Abrahamsson, H. (1951). The Origin of Death: Studies in African Mythology
- Sproul, B.C. (1979). Primal Myths: Creating the World