Kintu
HérosBaganda
Premier homme et ancêtre fondateur mythique du royaume du Buganda, dont le mariage avec Nnambi, fille du dieu du ciel Ggulu, est à l'origine de la lignée royale baganda et, selon le récit, de l'arrivée de la mort sur terre.
- origine humaine
- royauté
- fondation dynastique
En détail
Kintu est, pour les Baganda du centre de l'Ouganda, à la fois le premier homme et le premier roi. Les récits qui le concernent racontent l'origine de l'humanité, l'arrivée de la mort et la naissance du royaume du Buganda, et les rois (kabaka) du Buganda se sont toujours présentés comme ses descendants. Il faut garder à l'esprit ce double visage : le Kintu du mythe, venu seul sur une terre vide, se confond dans la tradition avec Kato Kintu, conquérant considéré comme le fondateur de la dynastie.
La version recueillie par John Roscoe au début du XXe siècle commence par un homme seul avec sa vache, dont le lait est son unique nourriture. Nnambi, fille de Ggulu, le roi du ciel, descend sur terre avec ses frères, s'éprend de lui et veut l'épouser. Ses frères méprisent cet homme qui ne connaît d'autre nourriture que le lait, et Ggulu décide de le mettre à l'épreuve. Il lui vole d'abord sa vache ; puis, lorsque Kintu monte au ciel pour la récupérer, il doit manger un repas préparé pour cent personnes (il en cache le reste dans un trou du sol), couper du bois dans la roche avec une hache de cuivre, rapporter une jarre remplie de rosée seulement, enfin reconnaître sa vache dans un immense troupeau, ce qu'il réussit grâce à une abeille qui se pose sur ses cornes. Ggulu lui accorde sa fille, mais le presse de partir avant que Walumbe, la Mort, frère de Nnambi, ne veuille les suivre, et leur interdit de revenir s'ils oublient quelque chose. En chemin, Nnambi s'aperçoit qu'elle a oublié le grain pour sa poule et retourne le chercher malgré Kintu. Walumbe la voit et la suit sur terre. Après quelques années de bonheur, il réclame un de leurs enfants pour cuisiner à son service ; Kintu refuse, et les enfants commencent à mourir. Ggulu envoie alors un autre de ses fils, Kaikuzi, pour ramener Walumbe au ciel. Walumbe s'échappe sous terre ; Kaikuzi ordonne aux humains de rester chez eux et de garder le silence le temps de sa dernière chasse, mais des enfants, en voyant la Mort, poussent un cri, et elle replonge dans le sol. Depuis, la Mort vit parmi les hommes.
Ce récit ne se contente pas d'expliquer la mortalité. Walumbe avait un temple à Ttanda, dans le Ssingo, près d'un ravin où il était censé vivre, et chaque roi, à son couronnement, lui envoyait une offrande. Dans la liste royale, Roscoe rapporte aussi que Kintu, devenu vieux, disparut dans la forêt : on ne pouvait dire que le roi était mort. L'autre versant de la tradition fait de Kintu un conquérant qui vainquit un souverain tyrannique, Bemba, et réunit les clans ; les kabaka sont encore couronnés à Naggalabi, sur la colline de Buddo, lieu associé à cette victoire, comme le fut Ronald Muwenda Mutebi II en 1993. Benjamin Ray a étudié la manière dont ces deux récits, celui du premier homme et celui du premier roi, s'articulent avec les rites de la royauté ganda ; les séparer nettement serait trahir la façon dont la tradition les fait fonctionner ensemble.
Généalogie
Culte contemporain
Le nom de Kintu reste central à l'identité du royaume du Buganda contemporain (Ouganda), notamment dans la légitimation symbolique de la lignée des kabaka (rois).
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Sources
- Ray, B.C. (1991). Myth, Ritual, and Kingship in Buganda
- Roscoe, J. (1911). The Baganda: An Account of Their Native Customs and Beliefs