Tombeaux des rois du Buganda à Kasubi
RiteAussi connu·e sous : Tombeaux de Kasubi, Kasubi Tombs, Muzibu-Azaala-Mpanga, Amasiro (nom luganda des tombeaux royaux)
Baganda
Sur la colline de Kasubi, à Kampala, l'ancien palais du kabaka Mutesa I abrite depuis 1884 les tombes de quatre rois du Buganda, sous une immense case ronde de chaume, le Muzibu-Azaala-Mpanga. Le site, gardé par les veuves royales et par des clans dépositaires de savoir-faire, reste le principal lieu de culte de la royauté ganda. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2001, il a été ravagé par un incendie en mars 2010, puis reconstruit et retiré de la liste du patrimoine en péril en 2023.
- culte des rois défunts
- royauté
- architecture végétale
En détail
Les tombeaux de Kasubi occupent une trentaine d'hectares sur une colline du nord-ouest de Kampala, la capitale de l'Ouganda. Ils perpétuent une institution ancienne du Buganda : à la mort de chaque kabaka, on construisait un sanctuaire où vivaient ses veuves et ses anciens officiers, et où un médium possédé par l'esprit du roi défunt continuait de conseiller son successeur. Le dossier de candidature présenté par l'Ouganda, que reprend l'évaluation de l'ICOMOS, en fait le lieu religieux le plus actif du royaume.
John Roscoe décrit en 1911 l'usage ancien. On retirait la mâchoire inférieure du roi, siège supposé de son esprit, pour la décorer et la placer avec son cordon ombilical dans un temple bâti par tout le pays ; l'ancienne reine, désormais appelée Nalinya, s'installait à l'entrée de l'enclos, entourée de veuves que leurs clans remplaçaient à leur mort, et le roi régnant venait une fois dans sa vie visiter le temple de son père. Mutesa I rompit avec cette pratique. Il avait fait bâtir en 1882 son palais à Kasubi, où son père Suuna II avait déjà résidé, et demanda qu'on ne lui retire pas la mâchoire : à sa mort en 1884, il fut enterré entier dans son propre palais. Mwanga II, mort en exil aux Seychelles en 1903, y fut inhumé en 1910, Daudi Chwa II en 1939, et Edward Mutesa II, mort à Londres en 1969, en 1971. L'ICOMOS compte trente-cinq kabaka de Kintu, le premier roi légendaire, à Mutesa I.
Le cœur du site est le Muzibu-Azaala-Mpanga, case circulaire en forme de dôme d'environ 31 mètres de diamètre et 7,5 mètres de haut, dont le toit de chaume descend jusqu'au sol et repose sur cinquante-deux anneaux de palmes et d'herbe, un par clan ganda. Un grand rideau d'écorce battue y cache la « forêt sacrée » où reposent les quatre rois, accessible aux seules veuves royales, à la famille royale, à la Nalinya et au Katikkiro du site ; le sol est couvert de citronnelle et de nattes. Autour de la cour s'élèvent les maisons des veuves, une maison des jumeaux et d'autres tombes. Chaque fonction revient à une lignée : le clan Ngeye, seul autorisé à monter sur les toits, détient le savoir du chaume, et des épouses héréditaires veillent sur les « jumeaux », effigies renfermant les cordons ombilicaux des rois. L'ICOMOS signalait en 2001 que l'essentiel de la vie rituelle, dont une cérémonie de nouvelle lune, se déroule à l'intérieur des bâtiments, hors de la vue des visiteurs, et que la crainte des esprits royaux avait longtemps protégé le site de l'urbanisation.
Kasubi est aussi un enjeu politique. Le site fut pris d'assaut en 1966, lorsque le Premier ministre Milton Obote chassa Mutesa II, et resta aux mains de l'État après l'abolition des royaumes en 1967 ; il ne revint au royaume qu'en 1997, quatre ans après le couronnement de Ronald Muwenda Mutebi II. Les archéologues Remigius Kigongo et Andrew Reid ont décrit en 2007 les rivalités internes au Buganda pour le contrôle des tombes et des rituels, face à un gouvernement qui voulait en faire la vitrine patrimoniale du pays sans avoir autorité sur sa gestion. Le 16 mars 2010 au soir, un incendie détruisit le Muzibu-Azaala-Mpanga, sans atteindre les tombes elles-mêmes selon les déclarations du royaume rapportées par la presse. L'origine du feu n'a pas été établie et, dans un climat de forte tension entre le Buganda et le pouvoir central, les heurts qui suivirent la visite du président Museveni firent des morts. La reconstruction, conduite par l'architecte ougandais Jonathan Nsubuga avec l'appui de l'UNESCO, s'est appuyée sur des artisans qui avaient connu la précédente rénovation de 1938, mais aussi sur des descriptions de l'époque coloniale ; Pauline Harding rapporte que les conseils d'un jeune médium se disant inspiré par l'esprit de Kintu ont suscité des conflits et des retards. Le comité du patrimoine mondial a retiré le site de la liste du patrimoine en péril le 12 septembre 2023.
Attributs
- case de chaume Muzibu-Azaala-Mpanga
- cinquante-deux anneaux du toit, un par clan
- rideau d'écorce battue
- citronnelle et nattes de palme
- tambours royaux
- haie de figuiers à écorce
- effigies des « jumeaux » contenant les cordons ombilicaux
Généalogie
Culte contemporain
Kasubi reste un sanctuaire royal habité, où vivent et officient les veuves héréditaires des rois, la Nalinya et les autres gardiens, et où le kabaka et ses représentants accomplissent les rituels de la royauté. Le site, reconstruit après l'incendie de 2010, a été rouvert et retiré de la liste du patrimoine en péril en 2023 ; il reçoit aussi de nombreux visiteurs.
Notes
Les dates d'inscription sur la liste du patrimoine en péril (juillet 2010) et de retrait (12 septembre 2023, session de Riyad) reposent sur le Courrier de l'UNESCO, la presse (The National, 12 septembre 2023) et Wikipédia. Les circonstances de l'incendie et des émeutes du 17 mars 2010 ne reposent que sur la presse : Al Jazeera mentionne des pompiers empêchés d'approcher par une foule hostile, et le bilan des personnes tuées par les forces de sécurité varie de deux à trois selon les sources de presse reprises par Wikipédia. Le financement de la reconstruction par la collecte populaire « Etofaali » et par le Japon (fonds-en-dépôt japonais auprès de l'UNESCO) n'est attesté que par Wikipédia et la presse ougandaise. L'ICOMOS écrit tantôt Nalinga, tantôt Nalinya ; la seconde forme est celle de Roscoe. La superficie du site varie selon les documents (30 ha pour l'ICOMOS, environ 26 ha ailleurs).
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Sources
- ICOMOS (2001). Kasubi (Uganda), No 1022, évaluation des organisations consultatives, UNESCO
- Roscoe, J. (1911). The Baganda: An Account of Their Native Customs and Beliefs, chapitre IV
- Kigongo, R. & Reid, A. (2007). Local communities, politics and the management of the Kasubi tombs, Uganda. World Archaeology, 39 (3), p. 371-384
- Harding, P. (2023). Myths, Dreams and the Business of Spiritual Heritage in Uganda. Journal of African Cultural Heritage Studies, 3 (1), p. 151-168
- Savolainen, A. (2025). Where the spirits dwell: the Tombs of Buganda Kings in Uganda (entretien avec Jonathan Nsubuga). Le Courrier de l'UNESCO