Irreecha

Rite

Oromo

Fête oromo d'action de grâce marquant la fin de la saison des pluies, au cours de laquelle des centaines de milliers de fidèles se rassemblent près de plans d'eau (notamment le lac Hora Harsadi à Bishoftu) pour remercier Waaq des bienfaits de l'année écoulée.

  • action de grâce
  • cycle saisonnier
  • rassemblement communautaire

En détail

L'Irreecha (ou irreessa) est la grande fête d'action de grâce des Oromo, le peuple le plus nombreux d'Éthiopie. On y remercie Waaqa, le dieu créateur, pour les bienfaits de l'année écoulée et l'on demande paix, fertilité et abondance pour la suivante. Le mot évoque l'herbe fraîche que chacun tient à la main et trempe dans l'eau, signe de vie renouvelée. Pratique religieuse ancienne, la fête est devenue depuis une trentaine d'années l'un des moments les plus visibles de l'affirmation culturelle oromo.

Elle se célèbre en deux temps. L'Irreecha Birraa, dit aussi Irreecha Malkaa, a lieu fin septembre ou début octobre, à la sortie de la longue saison des pluies, au bord d'un lac ou d'une rivière ; son site le plus célèbre est le lac Hora Harsadi (ou Hora Arsadi), à Bishoftu, où les foules se comptent désormais par centaines de milliers. L'Irreecha Arfaasaa, ou Irreecha Tulluu, se tient au printemps sur des hauteurs, comme le mont Tulluu Furii près d'Addis-Abeba, avant le retour des pluies. Dans les deux cas, les participants apportent herbe et fleurs, prient et bénissent, et la fête reste étroitement liée au système du gadaa, dont les responsables et les anciens y tiennent un rôle de premier plan.

Le rassemblement a aussi pris une portée politique. Le 2 octobre 2016, à Bishoftu, des slogans hostiles au gouvernement ont été suivis de tirs de gaz lacrymogène et d'armes à feu par les forces de sécurité, puis d'une bousculade meurtrière : le bilan officiel faisait état de 55 morts, tandis que Human Rights Watch, dans une enquête publiée en 2017, évoque un nombre de victimes pouvant atteindre plusieurs centaines. En octobre 2019, dans un climat politique différent, la fête a été célébrée à Addis-Abeba (Finfinnee pour les Oromo), une première depuis environ un siècle et demi selon la presse. Contrairement à ce qu'on lit parfois, l'Irreecha ne figure pas à ce jour en tant que tel sur les listes du patrimoine immatériel de l'UNESCO, où l'Éthiopie a fait inscrire le gadaa en 2016 ; il y est souvent rattaché dans les présentations publiques.

Attributs

  • herbe fraîche et fleurs portées en offrande
  • rassemblement près de l'eau

Généalogie

Entités liées
Waaq, Système gadaa

Culte contemporain

A connu une résurgence marquée depuis les années 1990 comme expression de l'identité culturelle oromo, non sans tensions politiques lors de grands rassemblements (dont une bousculade meurtrière en 2016). La fête n'est pas inscrite en tant que telle au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, où figure en revanche depuis 2016 le système gadaa, l'institution sociopolitique oromo dont elle est proche.

Notes

Le rassemblement de 2016 à Bishoftu, marqué par une bousculade ayant causé de nombreux morts dans un contexte de tensions politiques avec le gouvernement fédéral éthiopien, illustre que cette fête religieuse est aussi devenue un espace d'expression politique majeur pour la communauté oromo.

Sources

  • Human Rights Watch (2017). Fuel on the Fire: Security Force Response to the 2016 Irreecha Cultural Festival