Ateetee
RiteAussi connu·e sous : Atete, Atteetee
Oromo (notamment Arsi)
Chez les Oromo d'Éthiopie, l'ateetee désigne une puissance spirituelle propre aux femmes mariées, parfois décrite comme une divinité féminine, et le rituel chanté qu'elles célèbrent en son nom. On l'invoque pour la fécondité et les naissances, contre la sécheresse et les épidémies, et pour obtenir réparation quand une femme a été offensée. Il est lié au siiqqee, le bâton que chaque femme reçoit de sa mère le jour de son mariage.
- fécondité
- naissance
- droits des femmes
- règlement des conflits
- pluie
En détail
L'ateetee appartient à la religion oromo tournée vers Waaqa, le dieu créateur. Le mot désigne un ayyaana, l'un de ces esprits par lesquels les humains communiquent avec Waaqa, et plus précisément l'ayyaana des femmes mariées, que l'on appelle affectueusement « ma mère » ; Kuwee Kumsa y voyait une divinité féminine. Il désigne aussi le rituel qui l'honore. Hussein le présente, avec l'institution du siiqqee, comme le pendant féminin du système gadaa, dont les femmes étaient exclues en tant que classes, et comme l'un des moyens par lesquels elles faisaient respecter leur statut.
Les occasions sont nombreuses : sécheresse, mauvaises récoltes, épidémies, fécondité du bétail, enfant malade ou femme sans enfant, succès d'un fils à la chasse. Dans le Wallagga, un ateetee des semences se célèbre en août et l'on répand du lait sur les champs semés ; au Shewa, il accompagne le passage de la saison des pluies à la saison claire. On y apporte perles, pots à beurre, herbes aromatiques, bouillies d'orge, café, lait, et parfois une brebis ou un taureau à sacrifier. Les jours se choisissent selon le calendrier lunaire oromo, de préférence le mardi, le jeudi ou le samedi, et la fête peut suivre les deux Irreecha, celui de l'automne et celui du printemps.
Chez les Arsi, l'ateetee sert surtout à rendre justice. Une femme qui vient d'accoucher porte au front un bandeau d'écorce, le qanafaa, qui lui vaut la protection de tous ; celui qui l'insulte ou la frappe, qu'il soit un voisin, son mari ou son propre fils, rompt le safuu, l'ordre moral. Les femmes saisissent alors leur siiqqee de la main droite, de l'herbe fraîche de la gauche, et partent en cortège en chantant et en poussant des youyous vers un lieu herbeux ou un arbre. Les anciens viennent à leur rencontre, l'herbe fraîche à la main en signe de paix, et négocient avec le conseil des mères âgées. Le coupable paie une amende, offre un animal et un repas de réconciliation ; s'il refuse, il est maudit et tenu à l'écart des mariages et des funérailles. L'ethnomusicologue Leila Qashu a étudié ces chants comme une forme de justice rendue par les femmes elles-mêmes.
Enrico Cerulli notait déjà dans les années 1920 que des Oromo musulmans comme chrétiens pratiquaient l'ateetee, et Paul Baxter l'observa chez les Arsi dans les années 1960 en insistant sur la fécondité, une lecture que T. H. Hussein juge trop étroite. Le rite a pourtant reculé : Talilee Fiqruu l'attribue à l'hostilité des responsables religieux, musulmans et chrétiens, malgré la reconnaissance par la constitution éthiopienne des institutions coutumières de règlement des conflits. Il s'inscrit dans le même ensemble religieux que Waaqa, le gadaa et l'Irreecha, présentés ailleurs dans le codex.
Attributs
- siiqqee (bâton de mariage des femmes)
- qanafaa (bandeau des accouchées)
- herbe fraîche
- chants et youyous
- lait, beurre, café et bouillie d'orge
Généalogie
- Entités liées
- Waaq, Système gadaa, Irreecha
Culte contemporain
Le rituel est encore célébré dans certaines régions oromo, notamment chez les Arsi, où des études récentes (Hussein en 2013 et 2014, Qashu, Fiqruu) l'ont observé ou enregistré. Il est en recul face à l'opposition des responsables musulmans et chrétiens, et fait l'objet d'efforts de revalorisation, parfois au nom des droits des femmes.
Notes
Le statut de l'ateetee varie selon les auteurs : divinité féminine pour Kumsa, « puissance spirituelle » donnée par Waaqa aux femmes mariées pour Hussein, rituel avant tout. Les descriptions détaillées reposent surtout sur l'article de Hussein, fondé sur des entretiens en pays arsi et dans d'autres régions oromo, et publié dans une revue à faible visibilité ; les pratiques diffèrent selon les régions (Arsi, Guji, Borana, Shewa, Wallagga). L'orthographe varie (ateetee, atete, atteetee), comme celle du bâton (siiqqee, siinqee).
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Sources
- Hussein, T.H. (2019). Atete: A Multi-functional Deity of Oromo Women with Particular Emphasis on Human Rights and Conflict Resolution Management, Current Research Journal of Social Sciences and Humanities, 2 (1)
- Qashu, L. (2019). Singing as Justice: Ateetee, an Arsi Oromo Women's Sung Dispute Resolution Ritual in Ethiopia, Ethnomusicology, 63 (2)
- Fiqruu, T.B. (2018). Reviving Aspects of Ateetee: An Arsi Oromo Women's Musical Ritual to Empower Women to Protect Their Human Rights and Participate in Society's Social and Religious Life, George Fox University
- Kumsa, K. (1997). The Siiqqee Institution of Oromo Women, The Journal of Oromo Studies, 4 (1-2)
- Baxter, P.T.W. (1979). Atete in a Highland Arssi Neighbourhood, Northeast African Studies, 1 (2)