Système gadaa
RiteAussi connu·e sous : Gada
Oromo
Système socio-politique et rituel oromo organisant la société en classes d'âge (luba) se succédant au pouvoir tous les huit ans, encadrant la transmission des rôles politiques, militaires et religieux.
- organisation sociale
- passage rituel
- gouvernance
En détail
Le gadaa (souvent écrit gada) est le système qui organise, chez les Oromo d'Éthiopie et du nord du Kenya, à la fois la vie politique, la guerre et une bonne part de la vie rituelle. Les hommes y sont répartis en cinq classes (luba) qui se relaient au pouvoir tous les huit ans ; la classe en fonction élit un président, l'Abbaa Gadaa, entouré d'officiers et d'une assemblée. Souvent décrit comme l'une des formes de gouvernement délibératif les plus élaborées d'Afrique, il a été inscrit par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel en 2016.
Sa logique déroute au premier abord, car il ne s'agit pas d'un système de classes d'âge au sens strict. Un garçon entre dans le cycle exactement quarante ans, soit cinq grades de huit ans, après son père, quel que soit l'âge réel de celui-ci, et tous les frères appartiennent au même grade. Chez les Borana, étudiés par Asmarom Legesse, on passe ainsi par le grade de dabballee (petite enfance), deux grades de gaammee, puis kuusa et raaba (les grades de guerriers, raaba se prolongeant en doorii), avant d'atteindre le grade gadaa proprement dit, celui de l'exercice du pouvoir, puis les grades de semi-retraite (yuba) et enfin gadamojjii. Chaque étape impose ses devoirs et ses interdits ; d'autres groupes oromo désignent certains grades par des noms différents. Comme l'a souligné Christopher Hallpike, cette règle généalogique finit par produire des décalages : des adolescents peuvent se retrouver dans des grades avancés, et des hommes mûrs dans des grades juniors, un problème démographique qui alimente depuis longtemps les discussions sur l'origine et l'évolution du système.
Le gadaa ne se réduit pas à une succession de mandats. Les assemblées se tiennent sous un sycomore (odaa), devenu l'emblème du système, et la grande assemblée borana, la Gumii Gaayo, révise les lois et tranche les conflits. Les femmes n'appartiennent pas aux classes, mais l'institution de la siiqqee leur donne une voix reconnue, notamment pour défendre leurs droits. Le système est inséparable de la religion oromo tournée vers Waaq et des grandes fêtes comme l'Irreecha, toutes deux présentées ailleurs dans le codex. Son image de « démocratie » ancienne, largement mobilisée par le mouvement culturel et politique oromo, mérite d'être nuancée par ces exclusions et par l'affaiblissement de ses fonctions politiques face à l'État éthiopien.
Généalogie
- Entités liées
- Waaq
Culte contemporain
Reconnu par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel en 2016. Continue de structurer l'identité culturelle oromo contemporaine, malgré un affaiblissement de son rôle politique direct sous les États modernes.
Tags
Sources
- Legesse, A. (1973). Gada: Three Approaches to the Study of African Society
- UNESCO (2016). Gada system, an indigenous democratic socio-political system of the Oromo
- Hallpike, C.R. (1976). The origins of the Borana gada system