Nyabingi
RiteKiga · Rwandais
Culte de possession spirituelle centré sur un esprit féminin protecteur, devenu au début du 20e siècle le noyau d'un mouvement de résistance anticoloniale majeur en Afrique des Grands Lacs, réprimé par les autorités coloniales britanniques et allemandes.
- possession spirituelle
- résistance anticoloniale
- protection
En détail
Nyabingi est un esprit féminin vénéré dans les hautes terres situées entre le nord du Rwanda et le sud-ouest de l'Ouganda, dans l'aire de l'ancien royaume de Ndorwa et, plus tard, du district colonial de Kigezi, peuplé notamment de Kiga. On s'adressait à elle par l'intermédiaire de médiums, les bagirwa, le plus souvent des femmes, pour obtenir guérison, fécondité ou protection. Son histoire compte parce qu'elle offre l'un des exemples les mieux documentés en Afrique de l'Est d'un culte de possession devenu, au début du 20e siècle, le cadre d'une résistance armée à la conquête coloniale.
Les récits d'origine les plus répandus rattachent Nyabingi à Kitami, une reine de Mpororo dont le meurtre par son époux aurait été suivi de calamités ; son esprit aurait ensuite continué d'agir, en bien comme en mal, à travers ceux qu'il possédait. L'anthropologue Jim Freedman situe l'apparition du culte entre 1750 et 1800. La possession n'était pas réservée aux médiums reconnus : de simples fidèles pouvaient aussi être saisis par l'esprit, ce qui rendait le culte difficile à contrôler, pour les rois rwandais comme pour les administrations européennes.
La figure la plus connue est Muhumusa, qui se présentait comme une veuve du roi rwandais Kigeli IV Rwabugiri et la mère d'un prétendant au trône, rival du roi Musinga. Arrêtée par les Allemands en 1908 et détenue à Bukoba, elle s'évade en juillet 1911, rassemble des partisans en Ndorwa et leur promet que les balles européennes se changeront en eau. Capturée le 29 septembre 1911 lors d'une opération menée par les Britanniques avec l'appui allemand, elle passe le reste de sa vie en résidence surveillée à Kampala, où elle meurt en 1944 ou 1945 selon les sources. Ses partisans Ndungutse et Basebya soulèvent ensuite le nord du Rwanda en 1912, et d'autres révoltes se réclamant de Nyabingi éclatent en Kigezi jusqu'à la fin des années 1920. L'administration britannique répond en rangeant le culte sous l'ordonnance ougandaise de 1912 contre la « sorcellerie », un vocabulaire colonial qui imprègne aussi une bonne partie des archives disponibles.
Le nom a connu une seconde vie en Jamaïque. Un article du journaliste italien Federico Philos, paru en 1934 puis repris par le Jamaica Times en 1935, présentait à tort Haile Selassie comme le chef d'une société secrète « Nyabingi » ; les premiers rastafari s'en sont emparés, et le terme désigne depuis leurs rassemblements rituels, puis, à partir des années 1950, un style de tambours. Ce parcours, fondé sur une information erronée, n'a guère de lien avec la pratique des Grands Lacs, et l'essentiel de ce que l'on sait du culte d'origine vient de rapports coloniaux qu'il faut lire avec précaution.
Culte contemporain
Le nom a été repris et réinterprété par le mouvement rastafari jamaïcain (sous la forme 'Nyabinghi'), qui l'a associé à un rythme de tambour et à une cérémonie rituelle spécifiques, largement déconnectés de la pratique est-africaine d'origine.
Notes
La reprise rastafari du terme constitue un exemple notable et largement méconnu de circulation transatlantique inversée (d'Afrique de l'Est vers la diaspora caribéenne) d'un concept religieux, distinct du sens de résistance anticoloniale qu'il avait à l'origine au Rwanda et en Ouganda.
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Sources
- Hopkins, E. (1970). The Nyabingi Cult of Southwestern Uganda
- Freedman, J. (1984). Nyabingi: The Social History of an African Divinity