Le mythe de la Déesse lointaine

Récit

Égyptiens anciens

Récit où l'œil de Rê, incarné par une déesse (Tefnout, Hathor ou Sekhmet selon les versions), se retire en colère en Nubie, provoquant un déséquilibre cosmique jusqu'à ce que Thot ou Chou parvienne à l'apaiser et la ramener en Égypte, où sa colère se change en joie et fécondité.

  • colère divine
  • réconciliation
  • retour d'exil

En détail

Le mythe de la Déesse lointaine raconte la fuite et le retour de l'Œil de Rê, cette puissance féminine du soleil que les Égyptiens imaginaient à la fois protectrice et dangereuse. Irritée contre son père, la déesse quitte l'Égypte pour les déserts du sud, du côté de la Nubie, où elle vit en lionne sauvage. Son absence laisse le pays et le dieu solaire privés d'une force dont ils ont besoin. Il faut lui envoyer un messager pour la convaincre de revenir, et son retour s'accompagne d'une transformation : la lionne furieuse redevient une déesse douce, associée à la joie, à la musique et à l'amour. Le récit n'appartient pas à une seule divinité : selon les lieux et les époques, l'héroïne s'appelle Tefnout, Hathor, Sekhmet, Mehit ou Bastet.

La version la plus développée est un texte démotique d'époque romaine, conservé sur un papyrus de Leyde, dont Françoise de Cenival a publié la traduction française en 1988 sous le titre Le Mythe de l'œil du soleil. Thot, sous l'apparence d'un petit singe, y rejoint Tefnout en Nubie et l'amène peu à peu à rentrer en lui racontant des fables et des histoires morales ; l'une d'elles, où une souris épargnée par un lion finit par le sauver, rappelle une fable bien connue plus tard dans la tradition ésopique. Une traduction grecque de ce texte a aussi circulé. D'autres traditions confient la mission à Shou ou au dieu Anhour, dont le nom signifie « celui qui ramène la lointaine ».

Le retour de la déesse était fêté dans les temples. Les grands sanctuaires d'époque gréco-romaine, Philae et Dendérah notamment, en gardent la trace dans leurs hymnes et leurs scènes rituelles, où la déesse est accueillie par la musique, la danse et les offrandes de boissons. Cette tradition festive rejoint la « fête de l'ivresse » (Tekh), célébrée en l'honneur d'Hathor au premier mois de l'année : les fouilles du temple de Mout à Karnak ont mis au jour les vestiges d'un portique de l'ivresse remontant au règne d'Hatchepsout, qui montre que ces réjouissances avaient déjà une place officielle au Nouvel Empire. L'égyptologue Hermann Junker a proposé dès 1911 de lire le retour de la déesse en lien avec la crue du Nil et le renouveau de l'année, une interprétation reprise depuis, sans qu'un texte unique l'énonce clairement.

Le mythe montre aussi comment les Égyptiens pensaient la violence divine. La colère de la déesse n'est jamais simplement détruite : elle est apaisée, détournée, transformée, et l'énergie qui menaçait devient protectrice. On retrouve la même logique dans le récit de la Destruction de l'humanité, où Rê arrête Sekhmet par la ruse de la bière rouge, et dans le lien entre la lionne Sekhmet et la chatte Bastet, souvent présentées comme les deux visages d'une même puissance.

Généalogie

Entités liées
Tefnout, Sekhmet, Hathor, Thot

Notes

Le fait que la déesse se retire précisément en Nubie avant de revenir reflète les liens religieux et diplomatiques anciens et complexes entre l'Égypte et ses voisins nubiens méridionaux.

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Sources

  • Junker, H. (1911). Der Auszug der Hathor-Tefnut aus Nubien
  • Cenival, F. de (1988). Le Mythe de l'œil du soleil
  • Bryan, B.M. (2014). Hatshepsut and Cultic Revelries in the New Kingdom

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