Ogbanje

Créature

Igbo

Dans la croyance igbo, esprit d'enfant qui meurt en bas âge de façon répétée au sein d'une même famille pour y retourner et mourir à nouveau, dans un cycle destiné à tourmenter ses parents. Des rituels spécifiques visaient traditionnellement à briser ce cycle.

  • mort infantile
  • cycle de renaissance
  • affliction familiale

En détail

Chez les Igbo du sud-est du Nigeria, un ogbanje est un enfant dont on pense qu'il n'est pas tout à fait de ce monde : un esprit qui naît dans une famille, meurt jeune, puis revient dans le ventre de la même mère pour mourir à nouveau, parfois plusieurs fois de suite. Le mot est souvent rapproché de l'idée d'« enfant qui va et vient ». Cette croyance a longtemps offert une explication à une expérience douloureuse et fréquente, la perte répétée de nourrissons dans un même foyer, en lui donnant une cause, un coupable et surtout un remède possible.

Selon la tradition, l'ogbanje a conclu avant sa naissance un pacte avec ses compagnons du monde des esprits, promettant de les rejoindre vite. Ce pacte est lié à un objet caché, l'iyi-uwa, souvent une petite pierre enterrée en secret. Pour rompre le cycle, la famille faisait appel à un dibia, spécialiste rituel et guérisseur, chargé de faire avouer à l'enfant où se trouvait l'objet, de le déterrer et de le détruire. Les parents endeuillés donnaient aussi aux enfants suivants des noms qui supplient la mort, comme Onwubiko (« Mort, je t'en prie »). Dans les cas extrêmes, le corps d'un enfant mort pouvait être marqué ou mutilé pour décourager l'esprit de revenir, ou pour le reconnaître s'il revenait. Things Fall Apart de Chinua Achebe (1958) en donne une scène célèbre : Ekwefi, qui a perdu neuf enfants, voit le guérisseur Okagbue déterrer l'iyi-uwa de sa fille Ezinma.

Ces pratiques ont eu des conséquences très concrètes, et parfois cruelles, pour des enfants malades ou différents, ce qui invite à ne pas traiter l'ogbanje comme une simple curiosité. Une enquête médicale menée par Emeka Nzewi auprès de cent enfants considérés comme ogbanje a montré que soixante-dix d'entre eux étaient atteints de drépanocytose, une maladie héréditaire du sang très répandue dans la région : crises récurrentes, épisodes de guérison apparente et décès précoces dans une même fratrie correspondent de près aux signes qui faisaient désigner un enfant comme ogbanje.

Les Yoruba voisins connaissent une figure proche, l'àbíkú (« né pour mourir »), sans que les deux traditions se confondent dans leurs rites. La littérature nigériane s'est emparée de ces esprits-enfants : Wole Soyinka et John Pepper Clark ont chacun écrit un poème intitulé Abiku, Ben Okri a fait d'un àbíkú le narrateur de The Famished Road (1991), et Akwaeke Emezi, dans Freshwater (2018), se sert de la figure de l'ogbanje pour parler d'identité multiple et de santé mentale. Ces relectures déplacent le sens ancien vers des questions d'aujourd'hui sans l'effacer pour autant.

Attributs

  • objet enterré (iyi-uwa) censé le lier au monde des esprits

Généalogie

Entités liées
Àbíkú

Culte contemporain

Le concept reste culturellement présent au Nigeria contemporain, notamment popularisé littérairement par des romans comme 'Freshwater' d'Akwaeke Emezi (2018).

Notes

Croyance qui a historiquement pu être associée à des pratiques traumatisantes envers des enfants malades ou présentant des différences physiques ; à traiter avec la prudence descriptive requise plutôt que comme curiosité folklorique isolée de ses conséquences sociales réelles.

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Sources

  • Achebe, C. (1958). Things Fall Apart (référence littéraire largement diffusée du concept)
  • Nzewi, E. (2001). Malevolent Ogbanje: Recurrent Reincarnation or Sickle Cell Disease? Social Science & Medicine, 52(9)

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