Ijapa
HérosAussi connu·e sous : Ajapa
Yoruba
Tortue rusée, figure du trickster dans le corpus de contes yoruba (àlọ́). Triomphe habituellement par la ruse mais finit souvent puni par sa propre cupidité, servant de leçon morale.
- ruse
- morale
- narration
En détail
Ìjàpá, aussi appelé Àjàpá, est la tortue des contes yoruba, le personnage le plus populaire du répertoire des àlọ́, ces histoires que l'on raconte le soir aux enfants au Nigeria et au Bénin. C'est un trickster, un rusé qui cherche à obtenir par la tromperie ce qu'il ne veut pas gagner par le travail. Mais à la différence de bien des tricksters, Ìjàpá est rarement un héros qu'on admire : il est paresseux, gourmand, vaniteux, et ses ruses finissent le plus souvent par se retourner contre lui. C'est ce qui fait de lui un outil d'éducation morale redoutablement efficace, à la fois drôle et exemplaire.
Il a une épouse, Yánníbo, qui l'accompagne ou le subit dans plusieurs contes, et il fréquente tout le bestiaire de la brousse : l'éléphant, le lièvre, le chien, le python, l'escargot. Beaucoup de récits sont des contes étiologiques qui expliquent un trait de son corps par une mésaventure : pourquoi sa carapace est fendillée (il est tombé du ciel, où il était monté par ruse), pourquoi il est chauve, pourquoi son ventre est creux. D'autres le montrent volant les ignames de sa belle-famille, ou soumis à une épreuve d'eau bouillante qui révèle sa culpabilité. Il réussit parfois à duper des animaux plus forts que lui, mais le conte s'arrange presque toujours pour que la victoire ne dure pas.
Le conte le plus souvent cité le montre décidé à rassembler toute la sagesse du monde dans une calebasse pour être seul à la posséder. Il veut la cacher au sommet d'un grand arbre, mais la calebasse suspendue devant son ventre l'empêche de grimper. Quelqu'un qui passe (un enfant dans la plupart des versions) lui conseille de la mettre dans son dos. Humilié de recevoir une leçon alors qu'il se croyait détenteur de toute la sagesse, Ìjàpá jette la calebasse, qui se brise et répand le savoir partout : voilà pourquoi personne ne sait tout. La même histoire est racontée chez les Akan à propos de l'araignée Anansi, preuve que ces récits circulaient d'une société à l'autre.
La comparaison avec Anansi est éclairante. Le trickster akan garde souvent le bénéfice de ses tours et passe pour un bienfaiteur culturel, alors qu'Ìjàpá sert d'abord de contre-exemple. Oyekan Owomoyela, qui a publié un recueil de référence de ces contes, y voit une manière pour la société yoruba de mettre en scène les comportements qui menacent la vie collective, l'égoïsme et la cupidité en tête, pour mieux les condamner par le rire. La tortue occupe une place voisine chez les Igbo, où elle s'appelle Mbe, et l'un de ses contes, celui du festin des oiseaux, est raconté dans Things Fall Apart de Chinua Achebe.
Attributs
- carapace fêlée (motif récurrent expliquant son origine dans plusieurs contes)
Culte contemporain
Personnage encore central dans les contes racontés aux enfants au Nigeria et au Bénin ; comparable structurellement à Anansi chez les Akan ou au lièvre dans d'autres traditions ouest-africaines.
Notes
Contrairement à Anansi, souvent présenté positivement, Ijapa incarne plus fréquemment une ruse punie : les contes s'en servent pour illustrer les excès de la cupidité et de la vanité.
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Sources
- Bascom, W. (1969). Ifa Divination (contexte du corpus narratif yoruba)
- Owomoyela, O. (1997). Yoruba Trickster Tales