Èṣù
DivinitéAussi connu·e sous : Eshu, Elegba, Legba, Èṣù-Ẹlẹ́gbára
Yoruba
Orisha des carrefours, du langage et de la communication entre les mondes humain et divin. Figure ambivalente souvent associée au trickster, gardien des choix et de l'imprévisible.
- carrefours
- communication
- chance
- ambivalence morale
En détail
Èṣù appartient au panthéon des orisha, les divinités de la religion yoruba, pratiquée depuis plus d'un millénaire par les populations du sud-ouest du Nigeria et du Bénin. Parmi ces nombreuses divinités, chacune gouvernant un domaine précis de l'existence, Èṣù occupe une place à part : il est le seul par qui toute communication entre les humains et le reste du panthéon doit transiter. Sans lui, aucune prière, aucun sacrifice, aucune question posée à l'oracle n'atteint son destinataire divin.
Cette fonction de messager et de gardien des carrefours en fait une figure ambivalente, ni bonne ni mauvaise en elle-même. On le range souvent parmi les tricksters, ces personnages rusés et imprévisibles que l'on retrouve dans de nombreuses mythologies africaines, mais le réduire à un simple farceur reviendrait à passer à côté de son rôle théologique. Dans la pratique rituelle, il est salué en premier, avant tout autre orisha, et ses autels portent souvent des cauris et des pièces de monnaie destinés à s'assurer sa bonne humeur. Il n'a par ailleurs pas une forme unique : la tradition lui reconnaît de nombreux « chemins », chacun avec son lieu, son tempérament et ses offrandes propres.
Le récit le plus souvent raconté pour faire comprendre sa nature le montre traversant un village coiffé d'un chapeau peint moitié en rouge, moitié en noir. Deux amis qui l'observent chacun d'un côté du chemin se disputent ensuite violemment sur la couleur qu'ils ont vue, chacun ayant raison de son point de vue et tort de celui de l'autre. Èṣù n'intervient jamais pour les départager : la leçon tient précisément dans l'idée qu'une même vérité peut sembler totalement différente selon l'endroit d'où on la regarde.
Sa statuaire, souvent ouvertement phallique, renvoie à la fécondité et à la puissance générative plutôt qu'à une provocation gratuite. Les premiers missionnaires européens ont largement ignoré cette lecture théologique en l'assimilant à une figure diabolique, un contresens qui a durablement marqué la perception occidentale du personnage et qui explique en partie pourquoi son nom évoque encore, à tort, une figure du mal dans l'imaginaire populaire.
Attributs
- bâton (ogo)
- calebasse
- couleurs rouge et noir
- carrefour
Généalogie
- Entités liées
- Ifá, Ògún, Santería (Regla de Ocha), Ọ̀rúnmìlà, Olódùmarè
Culte contemporain
Vénéré au sein de l'Ifá/Orisha traditionnel au Nigeria et au Bénin, ainsi que dans ses formes diasporiques sous les noms de Legba (vaudou) et Elegguá (santería).
Notes
Interprété à tort par certaines sources coloniales comme une figure 'diabolique' par assimilation chrétienne ; ce n'est pas une figure du mal mais un gardien des seuils et de l'incertitude.
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Sources
- Bascom, W. (1969). Ifa Divination: Communication between Gods and Men in West Africa
- Olupona, J.K. (2014). African Religions: A Very Short Introduction