Ifá

Rite

Aussi connu·e sous : Ọ̀rúnmìlà (l'orisha associé au système)

Yoruba

Système de divination complexe reposant sur 256 figures (odù), interprétées par un prêtre-devin (babalawo) à l'aide d'une chaîne divinatoire (opele) ou de noix de palme. Sert à guider les décisions individuelles et collectives.

  • divination
  • sagesse
  • destin

En détail

Ifá est le grand système de divination des Yoruba du Nigeria et du Bénin, et l'un des plus élaborés du continent. On le consulte pour toutes les décisions qui comptent : une naissance, un mariage, un voyage, une maladie, le choix d'un roi. Il est placé sous l'autorité d'Ọ̀rúnmìlà, l'orisha de la sagesse, dit « témoin de la destinée » parce qu'il était présent quand chaque être humain a choisi son sort avant de naître. Consulter Ifá, c'est donc chercher à connaître ce destin et à l'accomplir au mieux. Sa pratique est confiée à des spécialistes, les babaláwo (« pères du secret »), formés pendant de longues années.

La technique repose sur un principe binaire. Le devin manipule seize noix de palme consacrées (ikin) ou jette une chaîne divinatoire (ọ̀pẹ̀lẹ̀) faite de huit demi-coques. Chaque opération donne un signe simple ou double, et le devin trace les marques obtenues dans une poudre répandue sur un plateau de bois sculpté, l'ọpọ́n Ifá, dont le bord porte presque toujours le visage d'Èṣù, messager indispensable entre les hommes et les dieux. Deux colonnes de quatre marques composent une figure, un odù. Il existe seize odù principaux et leurs combinaisons deux à deux donnent 256 figures. On a souvent comparé ce principe au Yi King chinois ou à la géomancie arabe, avec laquelle certains chercheurs supposent une parenté historique, sans que la question soit tranchée.

Le cœur d'Ifá n'est pourtant pas la technique mais la parole. À chaque odù sont associés des centaines de vers (ẹsẹ Ifá) que le babaláwo récite de mémoire. Ils racontent comment, dans les temps anciens, un personnage, un animal ou un orisha a consulté l'oracle, a reçu tel conseil et a fait ou refusé le sacrifice prescrit (ẹbọ), avec les conséquences qui s'ensuivirent. C'est au client de reconnaître sa situation dans ces récits, et le devin l'aide à choisir le bon. Wande Abimbola, qui a consacré sa carrière à ce corpus, y voit une véritable encyclopédie de la culture yoruba : mythes, histoire, médecine par les plantes, droit coutumier, poésie et morale y sont réunis.

Le système a des équivalents proches chez les voisins des Yoruba, comme le Fá des Fon du Bénin et l'Afa des Ewe du Togo et du Ghana, et il a traversé l'Atlantique : les babalaos cubains, dans la Regla de Ifá liée à la santería, sont aujourd'hui parmi ses praticiens les plus nombreux. L'UNESCO l'a proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2005, puis inscrit sur la Liste représentative en 2008. Le principal défi reste celui de la transmission, car la mémorisation d'un corpus aussi vaste exige un apprentissage long auprès d'un maître, de moins en moins compatible avec l'école et la vie urbaine.

Attributs

  • opele (chaîne divinatoire)
  • noix de palme (ikin)
  • plateau de divination (opon Ifá)

Généalogie

Entités liées
Èṣù, Santería (Regla de Ocha), Ọ̀rúnmìlà, Olódùmarè, Ọ̀sanyìn

Culte contemporain

Le corpus Ifá est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. La pratique reste vivante au Nigeria, au Bénin, à Cuba (Ifá/Santería) et au Brésil.

Notes

Ifá n'est pas qu'un outil de prédiction : le corpus oral associé (odù Ifá) constitue une vaste bibliothèque de mythes, proverbes et cas de jurisprudence coutumière transmis par la formation des babalawo, qui dure souvent plusieurs années.

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Sources

  • Bascom, W. (1969). Ifa Divination: Communication between Gods and Men in West Africa
  • UNESCO (2005). Ifá Divination System - inscription au patrimoine culturel immatériel
  • Abimbola, W. (1976). Ifá: An Exposition of Ifá Literary Corpus

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