Sonni Ali Ber

Héros

Songhaï

Empereur du 15e siècle qui étendit considérablement l'empire Songhaï, devenu dans la tradition orale une figure à la fois historique et légendaire, réputée posséder des pouvoirs magiques puissants (métamorphose, invisibilité) qui lui auraient permis ses victoires militaires.

  • royauté
  • conquête
  • magie

En détail

Sonni Ali, surnommé Ber, « le Grand », régna sur les Songhaï de Gao, sur le moyen Niger, d'environ 1464 à 1492. En moins de trente ans, il transforma un royaume régional en un empire qui dominait la boucle du Niger, en profitant du déclin de l'empire du Mali. Il est à la fois un personnage historique bien attesté et un héros de légende, auquel les traditions orales songhaï et zarma prêtent des pouvoirs extraordinaires. C'est ce double visage qui fait son intérêt : on peut suivre, à son propos, comment l'histoire se change en mythe et comment le mythe réinterprète l'histoire.

Ses conquêtes reposaient sur une cavalerie redoutée et sur une flotte de pirogues qui contrôlait le fleuve. En 1468, il s'empara de Tombouctou, alors aux mains des Touaregs, puis assiégea pendant sept ans Djenné, la grande ville marchande du delta intérieur, qui tomba vers 1473. Il mena aussi de nombreuses campagnes contre les Mossi et les Peuls. Il mourut en 1492 au retour d'une expédition, dans des circonstances mal connues, que certaines traditions présentent comme une noyade. Son fils Sonni Baru fut renversé l'année suivante par l'un de ses généraux, Muhammad Touré, fondateur de la dynastie des askia, qui fit du pèlerinage à La Mecque et du soutien aux lettrés musulmans le fondement de sa légitimité.

Ce changement de dynastie explique l'image que les sources écrites donnent de lui. Les grandes chroniques de Tombouctou, notamment le Tarikh al-Sudan d'al-Sadi, achevé vers 1655, soit plus d'un siècle et demi après sa mort, furent composées dans le milieu savant qui avait souffert de son règne et qui servait la mémoire des askia. Elles le décrivent comme un tyran cruel, un musulman de façade qui persécuta les oulémas de Tombouctou et pratiquait la magie. Ces violences contre une partie des lettrés semblent réelles, mais le portrait est à lire comme un plaidoyer pour la dynastie suivante autant que comme un témoignage.

Les traditions orales du Niger et du Mali retiennent une autre figure, celle d'un roi-magicien invincible, capable de se transformer, de se rendre invisible ou de commander aux génies du fleuve, et qui ne serait pas mort mais aurait disparu. Les sohance, lignées de magiciens-guérisseurs de l'ouest du Niger étudiées par Jean Rouch, se disent ses descendants et tirent de lui leur savoir. Là où les chroniques voyaient une faute, ces traditions voient une force, et c'est ce qui fait de Sonni Ali Ber, pour de nombreux Songhaï et Zarma d'aujourd'hui, un héros de l'identité et de la résistance.

Attributs

  • réputation de sorcellerie et de métamorphose

Culte contemporain

Figure encore centrale de l'identité historique songhaï contemporaine au Mali et au Niger, bien que son règne soit aussi documenté par des sources écrites (chroniques de Tombouctou) qui nuancent l'image légendaire.

Notes

Contrairement à Sunjata ou Chibinda Ilunga, la légende de Sonni Ali Ber coexiste avec une documentation écrite relativement riche (chroniques arabo-songhaï de Tombouctou), permettant de mieux distinguer les couches historique et légendaire du récit.

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Sources

  • Hunwick, J.O. (1999). Timbuktu and the Songhay Empire (traduction du Tarikh al-Sudan)
  • Rouch, J. (1989). La religion et la magie songhay

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