La naissance et l'enfance de Sunjata
RécitMandingue · Malinké
Épisode d'ouverture de l'épopée mandingue : la mère de Sunjata, Sogolon, femme au double physique bosselé (associée au totem-buffle), est prise pour épouse par prophétie. Sunjata naît infirme, incapable de marcher jusqu'à l'adolescence, méprisé par la cour, avant de se redresser miraculeusement à l'aide d'un bâton de fer.
- destinée
- humiliation surmontée
- prophétie
En détail
Cet épisode ouvre l'épopée de Sunjata (ou Soundiata) Keïta, le fondateur de l'empire du Mali au 13e siècle, que les griots (jeliw) du monde mandingue transmettent depuis des siècles au Mali, en Guinée, au Sénégal et en Gambie. Avant les batailles et la fondation de l'empire, le récit s'attarde longuement sur la naissance et l'enfance du héros. Rien n'y annonce un conquérant : l'enfant est infirme, sa mère est moquée, et son destin semble promis à un autre. Tout l'intérêt de l'épisode est de montrer comment une grandeur annoncée peut rester longtemps invisible.
Dans la version du griot Mamadou Kouyaté, publiée en français par Djibril Tamsir Niane en 1960, un chasseur devin annonce au roi du Manding, Naré Maghann Konaté, qu'une femme laide et bossue lui donnera un fils destiné à devenir un roi puissant. Cette femme, Sogolon Kondé, arrive à la cour conduite par deux chasseurs traoré. Ils viennent de tuer le buffle qui ravageait le pays de Do, avec l'aide d'une vieille femme qui n'était autre que le buffle lui-même et qui leur avait livré le secret de sa mort en échange d'une promesse : lorsque le roi de Do leur offrirait de choisir une épouse parmi les jeunes filles du pays, ils prendraient la plus laide. Le roi l'épouse malgré les railleries. L'enfant qui naît, Sunjata, ne marche pas et se traîne à quatre pattes pendant des années, tandis que la première épouse, Sassouma Bérété, prépare l'avènement de son propre fils, Dankaran Touman.
Le retournement vient d'une humiliation. Sassouma refuse à Sogolon quelques feuilles de baobab et se moque de ce fils qui ne peut même pas les lui cueillir. Sunjata demande alors aux forgerons la plus lourde barre de fer qu'ils puissent forger. En s'y appuyant, il se redresse ; la barre plie et prend la forme d'un arc, et son griot Balla Fasséké entonne un chant de louange resté célèbre. Le jeune homme arrache ensuite un baobab entier et le plante devant la case de sa mère. Ce geste public renverse l'ordre de la cour, mais il ouvre aussi l'épisode suivant : après la mort du roi, la jalousie de Sassouma pousse Sogolon et ses enfants à l'exil.
L'épopée n'existe pas sous une forme unique. D'autres versions, comme celle du griot Fa-Digi Sisòkò publiée par John William Johnson ou celles réunies par David Conrad, changent les noms, l'ordre des épisodes ou le rôle de la mère, dont la puissance occulte est parfois bien plus mise en avant. La version de Niane, écrite en prose française, reste la plus lue mais elle est aussi une recomposition littéraire. Le motif de l'enfant diminué dont la valeur éclate d'un coup appartient au vaste répertoire des récits de héros fondateurs, en Afrique comme ailleurs.
Généalogie
- Entités liées
- Sunjata Keïta, Soumaoro Kanté
Récits associés
Culte contemporain
Récité par les griots (jeliw) lors de cérémonies et d'événements politiques au Mali, en Guinée et en Gambie ; sert encore de référence à la légitimité royale dans les lignages mandingues.
Notes
Il existe de nombreuses variantes de cet épisode selon le lignage de griot qui la transmet ; la version de Niane (1960), basée sur le récit du griot Mamadou Kouyaté, est la plus diffusée en français mais n'est pas la seule autorité sur le texte.
Tags
Sources
- Niane, D.T. (1960). Soundjata ou l'épopée mandingue
- Conrad, D.C. (2004). Sunjata: A West African Epic of the Mande Peoples
- Johnson, J.W. (1986). The Epic of Son-Jara: A West African Tradition