Dügü

Rite

Garifuna

Cérémonie ancestrale garifuna (peuple afro-indigène des Caraïbes et d'Amérique centrale) de plusieurs jours, destinée à honorer et apaiser les ancêtres afin de résoudre une maladie ou un malheur persistant frappant un membre de la famille, sous la conduite d'un chaman (buyei).

  • ancestralité
  • guérison
  • malheur familial

En détail

Le dügü, ou adügürahani, est la cérémonie majeure de la religion des Garifuna, un peuple né à Saint-Vincent de l'union entre Africains (fugitifs ou rescapés de naufrages, selon les traditions) et Amérindiens kalinago de langue arawak. Déportés par les Britanniques en 1797 après leur défaite dans la seconde guerre caraïbe, un peu plus de deux mille survivants débarquèrent sur l'île de Roatán, d'où ils essaimèrent le long de la côte caraïbe du Honduras, du Belize, du Guatemala et du Nicaragua. Le dügü vise à rétablir la paix entre une famille et ses ancêtres, les gubida, lorsque ceux-ci manifestent leur mécontentement par une maladie ou une suite de malheurs.

C'est en principe l'ancêtre qui réclame la cérémonie, par un rêve ou par l'épreuve qu'il envoie, et c'est le buyei, le guide spirituel, qui confirme le diagnostic, fixe la durée et règle chaque détail : nourriture, vêtements, offrandes. La cérémonie dure de deux jours à deux semaines dans un temple de palmes, le dabuyaba, généralement dressé près de la plage. Trois tambours, dont on dit parfois qu'ils figurent le passé, le présent et l'avenir, accompagnent les danses et les chants, en particulier les abaimahani, chants sacrés que les femmes entonnent disposées en une ou deux lignes. Au plus fort du rite, les gubida se manifestent en possédant des participants ; la personne malade reçoit alors nourriture et rhum, et le reste des mets et des boissons leur est offert.

Le dügü mobilise la parenté bien au-delà du foyer touché. Des membres dispersés entre plusieurs pays d'Amérique centrale et les États-Unis se déplacent, contribuent aux frais et aux préparatifs, si bien que la cérémonie fonctionne aussi comme une grande réunion de famille. L'anthropologue Virginia Kerns, à partir d'un long terrain au Belize, a montré le rôle central des femmes âgées : ce sont elles qui, une fois leurs enfants élevés, prennent en charge le culte des ancêtres, organisent les rites et veillent à ce que les obligations envers les morts soient remplies.

Des sources indiquent qu'il fut réprimé par l'administration britannique au milieu du 19e siècle ; sa pratique, plus fréquente aujourd'hui, est devenue un marqueur de l'identité garifuna. L'UNESCO a proclamé la langue, la danse et la musique garifuna chef-d'œuvre du patrimoine oral en 2001, avant de les inscrire sur sa liste représentative en 2008. Le dügü peut être rapproché d'autres rites ancestraux de la diaspora présents dans le codex, comme le kumina jamaïcain ou la veillée des neuf nuits, avec cette différence que l'héritage amérindien y est aussi constitutif que l'héritage africain.

Attributs

  • tambours garifuna
  • offrandes alimentaires rituelles
  • temple temporaire (dabuyaba)

Culte contemporain

Toujours pratiqué dans les communautés garifuna du Honduras, du Belize, du Guatemala et du Nicaragua. L'UNESCO reconnaît le dügü dans le cadre plus large de la culture garifuna, proclamée chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2001, puis inscrite sur la Liste représentative en 2008.

Notes

Les Garifuna descendent de la rencontre entre Africains marrons et Amérindiens caraïbes/arawaks à Saint-Vincent au 17e siècle, faisant du dügü un exemple particulièrement riche de syncrétisme afro-indigène distinct des traditions afro-diasporiques d'origine uniquement africaine.

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Sources

  • Kerns, V. (1983). Women and the Ancestors: Black Carib Kinship and Ritual
  • UNESCO (2008). Language, dance and music of the Garifuna - inscription au patrimoine immatériel

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