Nine Night

Rite

Jamaïcains

Veillée funéraire jamaïcaine traditionnelle se déroulant sur neuf nuits après un décès, combinant deuil, chants, jeux et repas collectifs, destinée à accompagner l'esprit du défunt dans son passage vers l'au-delà avant qu'il ne quitte définitivement le monde des vivants.

  • funérailles
  • deuil communautaire
  • passage vers l'au-delà

En détail

Le nine night (« neuf nuits »), qu'on appelle aussi dead yard ou set-up, est la veillée funéraire jamaïcaine, également pratiquée à Trinidad-et-Tobago et dans d'autres îles de la Caraïbe. Il repose sur une idée simple : le voyage du défunt vers l'autre monde ne s'achève qu'au bout de neuf nuits. D'ici là, son esprit, le duppy, reste proche de la maison, et la veillée sert autant à le congédier dans de bonnes conditions qu'à entourer la famille endeuillée.

Pendant ces nuits, parents, voisins et amis se retrouvent chez le défunt. On y chante des cantiques, les sankeys, on joue aux dominos, on se raconte des souvenirs du mort, on mange et on boit ; un peu de rhum blanc est parfois versé au sol en son honneur. La neuvième nuit est la plus importante, celle où le duppy passerait une dernière fois prendre sa part du repas et faire ses adieux. Pour qu'il ne soit pas tenté de rester, on retourne le matelas ou l'on tourne le lit contre le mur, afin qu'il ne reconnaisse plus sa chambre, et certaines familles tracent une croix à la craie blanche au-dessus de la porte. D'autres gestes vont dans le même sens, comme glisser dans le cercueil des objets auxquels le défunt tenait ou faire passer un nourrisson au-dessus du corps pour que l'esprit ne revienne pas le chercher.

Les origines de la coutume sont généralement situées en Afrique de l'Ouest ; certains auteurs la rapprochent de la période de neuf jours consacrée aux morts chez les Akan, mais cette filiation reste une hypothèse. La veillée a en tout cas intégré sans difficulté les hymnes et la liturgie chrétienne, et Zora Neale Hurston en donnait déjà une description dans Tell My Horse (1938), tirée de son séjour en Jamaïque.

Aujourd'hui, le nine night suscite aussi des débats en Jamaïque même : certains lui reprochent d'être devenu un prétexte à la fête et à l'alcool, d'autres s'inquiètent de la charge financière qu'il fait peser sur des familles modestes, tenues de nourrir de nombreux visiteurs. Dans la diaspora comme dans les villes, il se réduit souvent à une seule soirée, sans perdre sa fonction : rassembler la communauté autour du mort avant de le laisser partir.

Généalogie

Entités liées
Rolling calf

Culte contemporain

Reste largement pratiquée en Jamaïque contemporaine et dans sa diaspora (Royaume-Uni, Canada, États-Unis), bien que souvent raccourcie à une seule soirée dans les contextes urbains.

Tags

Sources

  • Sobo, E.J. (1993). One Blood: The Jamaican Body
  • Besson, J. (2016). Transformations of Freedom in the Land of the Maroons: Creolization in the Cockpits, Jamaica
  • Hurston, Z.N. (1938). Tell My Horse

À lire aussi