Kaggen
DivinitéAussi connu·e sous : Cagn, /Kaggen
San
Figure centrale de la mythologie san (bushmen), à la fois créateur, trickster et esprit de la mante religieuse, capable de se métamorphoser en de nombreux animaux. Auteur de nombreux actes de création et de créations malicieuses qui structurent le monde tel qu'il est.
- création
- ruse
- métamorphose
- nature
En détail
Kaggen (écrit /Kaggen pour noter le clic dental initial) est le personnage principal des récits des /Xam, un groupe san de l'actuelle province du Cap-Nord aujourd'hui disparu en tant que communauté linguistique. Son nom désigne aussi la mante religieuse, sous la forme de laquelle il apparaît souvent. Presque tout ce que l'on sait de lui provient des carnets tenus dans les années 1870 par le linguiste Wilhelm Bleek et sa belle-sœur Lucy Lloyd, qui ont recueilli au Cap des milliers de pages dictées par des prisonniers et informateurs /xam. C'est l'un des rares corpus mythologiques san transcrits dans la langue d'origine, d'où son importance pour toute l'Afrique australe.
Kaggen n'a rien d'un créateur solennel. Il vit au milieu d'une famille animale : son épouse est la daman des rochers, sa fille adoptive le porc-épic, lui-même marié à /Kwammang-a, un être lié à l'arc-en-ciel, et leur fils, l'Ichneumon (la mangouste), passe son temps à reprocher au vieil homme ses bêtises. Le cycle le plus célèbre raconte comment Kaggen fabrique un éland à partir d'une sandale de /Kwammang-a, le cache dans les roseaux et le nourrit en secret de miel. L'animal est découvert et tué, par /Kwammang-a et les siens dans certaines versions, par les suricates dans d'autres. Furieux, Kaggen perce la vésicule biliaire de l'éland ; le fiel l'aveugle et plonge le monde dans le noir, et c'est alors qu'il lance sa sandale dans le ciel pour en faire la lune (voir le récit « Comment Kaggen créa la lune »).
Le nom « Cagn » vient d'une autre source, indépendante de Bleek et Lloyd : les récits confiés en 1873 par Qing, un jeune San des montagnes du Maloti, au fonctionnaire colonial Joseph Orpen, publiés l'année suivante. Chez Qing, ce sont les fils de Cagn qui tuent l'éland, et Cagn finit par répandre le sang de l'animal pour faire naître des troupeaux que les humains pourront chasser. Cette parenté entre des traditions recueillies à des centaines de kilomètres de distance laisse penser que le cycle de l'éland était largement partagé dans le sud du sous-continent.
Depuis les années 1970, l'archéologue David Lewis-Williams et d'autres chercheurs ont rapproché ces récits de l'art rupestre san, où l'éland est l'animal le plus souvent peint et où il semble associé aux états de transe des guérisseurs. Mathias Guenther insiste de son côté sur l'ambivalence de Kaggen, à la fois fondateur et bouffon, trait qu'il juge caractéristique d'une religion san peu dogmatique. Ces interprétations restent discutées : les /Xam n'ont pas commenté eux-mêmes les peintures, et le lien entre mythe et image est une reconstruction savante.
Attributs
- forme de mante religieuse
- capacité de métamorphose en éland, serpent et autres animaux
Récits associés
Notes
Contrairement à de nombreux créateurs suprêmes africains distants, Kaggen reste une figure activement présente et souvent comique dans les récits san, mêlant sacré et bouffonnerie d'une manière atypique parmi les cosmogonies du continent.
Tags
Sources
- Bleek, W.H.I. & Lloyd, L.C. (1911). Specimens of Bushman Folklore
- Guenther, M. (1999). Tricksters and Trancers: Bushman Religion and Society
- Orpen, J.M. (1874). A Glimpse into the Mythology of the Maluti Bushmen
- Lewis-Williams, J.D. (1997). The Mantis, the Eland and the Meerkats: Conflict and Mediation in a Nineteenth-Century San Myth