Mulungu
DivinitéChewa · Nyanja
Concept de divinité suprême chez les Chewa et Nyanja (Malawi, Zambie, Mozambique), source lointaine de la création approchée surtout via les esprits ancestraux et les cultes territoriaux comme celui de Mbona.
- création
- transcendance
- ordre cosmique
En détail
Mulungu est l'un des noms de l'être suprême chez les Chewa et les Nyanja, qui vivent au Malawi, dans l'est de la Zambie et au Mozambique. Le mot déborde largement ce cadre : sous cette forme ou des formes voisines, il désigne le créateur chez les Yao du Malawi et du Mozambique, chez les Gogo de Tanzanie ou les Kamba du Kenya, et le Mungu du swahili lui est probablement apparenté. Peu de noms divins sont partagés par autant de langues bantoues, ce qui fait de Mulungu un bon témoin de la circulation des idées religieuses entre Afrique orientale et australe.
Chez les Chewa eux-mêmes, Mulungu n'est qu'un nom parmi d'autres. On parle aussi de Chiuta ou Chauta, souvent expliqué comme « le grand arc » par allusion à l'arc-en-ciel, de Chisumphi, de Mphambe ou, plus loin, de Leza. Le grand récit d'origine situe le début du monde sur la colline de Kaphirintiwa, dans le centre du Malawi : Dieu y descendit du ciel avec le premier homme, la première femme et les animaux, et fit tomber la pluie sur une terre encore nue. Tous vécurent en paix jusqu'au jour où les humains découvrirent le feu en frottant deux bâtons ; l'incendie dispersa les animaux, qui devinrent hostiles, et Dieu remonta au ciel le long d'un fil tissé par une araignée. Il décréta que les morts monteraient désormais vers lui pour former les nuages de pluie. Des traces dans la roche de Kaphirintiwa passent pour les empreintes laissées par ces premiers êtres.
On ne s'adresse guère à l'être suprême directement. Les Chewa vénèrent les esprits des ancêtres (mizimu) et, pour la pluie, des sanctuaires territoriaux : celui de Msinja, près de Kaphirintiwa, était tenu par une prêtresse portant le titre de Makewana, tandis que plus au sud, dans la vallée du Shire, le culte de Mbona (voir sa fiche) jouait un rôle comparable. Matthew Schoffeleers a fait de ces réseaux le modèle de ce qu'il appelait les « cultes territoriaux ». Les missions chrétiennes ont repris ces noms pour désigner leur Dieu, et l'on a parfois lu dans l'accord de toutes ces régions sur Mulungu la preuve d'un monothéisme ancien : une hypothèse séduisante, mais difficile à séparer de la relecture chrétienne qui a suivi.
Généalogie
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Sources
- Schoffeleers, J.M. (1978). Guardians of the Land: Essays on Central African Territorial Cults
- Van Breugel, J.W.M. (2001). Chewa Traditional Religion
- Schoffeleers, J.M. & Roscoe, A.A. (1985). Land of Fire: Oral Literature from Malawi